Paroles de mon maître pour un long chemin

Mot du traducteur:La diversité des sensibilités exprimées par les rédacteurs successifs de ces éditoriaux mensuels, montre parfaitement que –comme toutes les autres disciplines constituant le budo- le kendo est tel une auberge espagnole; et que la qualité des « valeurs » dont on peut se réclamer ou appeler de ses vœux, est fonction uniquement de la qualité et du choix de ceux qui les exposent et les pratiquent.

Note du Webmestre:
Beaucoup de mot japonais du langage « Kendoïstique » standard (généralement en gras-italique) ne sont pas repris dans les « notes du traducteur » mises à la fin du texte. Le lecteur peut utilement se reporter au « lexique japonais-français du Kendo » du présent site WEB.

Paroles de mon maître pour un long chemin

Auteur : Norimasa OMORI, supérieur du temple Nichiren Sohon myo-ji. Affaires générales; sous-comité de documentation (Est-Japon).
Éditorial de la revue « Kenso »de la ZNKR, Mai 2003 – N°261
Traduction: Georges Bresset. Consultante de traduction: Minori ENDO

Enfin à Akita s’est installée la saison radieuse de la floraison.
Dernièrement, me promenant dans le parc de la ville, me revinrent les images de la noble silhouette de mon regretté maître Aki-o IWATANI, et le temps où j’ai commencé à m’entraîner au lycée supérieur. Il y a quarante ans de cela.

Ce souvenir cher à mon cœur remonte à juillet de ma première année de lycée, lors de mon premier shiai en rencontres inter-lycées. Après ce qui devait ressembler à un Sonkyo, alors que je lançai un « kote-men » tout fraichement appris, je me pris les pieds dans le hakama et m’étalai de tout mon long, sans comprendre ce qui m’arrivait. A son issue, le professeur Iwatani m’a appelé; j’approchai de lui plein d’appréhension, quand il me lança: « c’était bien, c’était même très bien! ».
Je m’étais attendu à être vertement réprimandé, mais par ces mots, le débutant que j’étais fut saisi de la volonté de faire par lui-même le maximum pour l’avenir.

Si j’ai pu poursuivre tant bien que mal le Keiko jusqu’à aujourd’hui, c’est grâce aux encouragements d’un professeur qui avait compris l’état psychologique de son élève.
L’année suivante(1962) au championnat national d’Akita, retenant mes larmes (de joie), j’accèdai à la finale que je remportai. En 2007 le championnat sera de nouveau organisé à Akita, mais je sens que les temps ont bien changé.

Je suis fier d’avoir bénéficié durant mes universités de l’enseignement des professeurs, maintenant disparus: Yasoji NAKANO, Akio HASHIMOTO, les meilleurs de l’époque. Le keiko orthodoxe de ces professeurs, hormis bien entendu les valeurs portées par l’histoire et les valeurs sociales, m’a en outre permis de mieux comprendre bien de choses qui m’attachèrent davantage au Kendo.
C’est en consultant les documents réunis en sept chapitre par les feus docteur Yoshi-o IMAMURA et professeur Ichiro WATANABE: « compilation des connaissances sur le budo japonais », et l’ouvrage « Tsuki no sho » de Jubei YAGI-U du temple Yagi-u sho Hotoku-ji de Nara, que j’ai pu comprendre des énoncés tels que : « contenir son action, sans bouger ni se déplacer, prévoir le moment où l’adversaire va se lancer », et m’ont permis de progresser encore.

Avec le professeur NAKANO qui m’amenait à progresser vers le budo, la densité de ces facteurs psychologiques prirent toute leur importance, et il m’influença de tout son talent pour me donner des repères menant à l’état « d’unité corps-esprit » et « unité kendo-zen ».

Fils aîné d’un prêtre du temple Nichiren, désireux pour l’avenir de devenir supérieur de ce temple et suivre la voie ouverte par mon père, j’avais en tête d’étudier de plus près les relations existant entre la spiritualité du kendo et le zen.
Je confiai au professeur NAKANO mon intention d’en faire le sujet de ma thèse de fin d’étude. « Tiens, intéressant … c’est un sujet qui te convient bien », approuva-t-il derrière ses grosses lunettes (1).
Ces mots donnèrent le départ à une étude qui se développa par le biais d’un échange de courrier. Je me souviens du ton particulièrement chaleureux de sa correspondance.

Par la suite j’obtins par des relations une charge à l’université Rissho. A l’origine cet établissement avait été fondé pour assurer la formation des prêtres de la secte Nichiren; je peux donc dire que ce fut pour moi une chance insigne.
Là, par chance également, je suis tombé sur une correspondance adressée par le moine Nikkei du Jogaku-in de la secte Ni-Ohiren à ONO Jiroemon Tada.aki, qui a perpétué l’école Itto de ITO ITTOSAI, dans une chronique d’un bulletin édité par le centre de recherche de cette secte. Selon la teneur de ce courrier, et me fondant sur la confiance que Tada.aki accordait à Nikkei, j’ai compris qu cet état de myo, qui est clairement lié au sutra « myohorengekyo », qui se déploie au moment d’utiliser les techniques « myoken », « zetsumyoken » et « dokumyoken » (2) de la nomenclature de notre école, au-delà du simple stade de la profonde concentratin, rejoint l’état de mushin (vacuité, vide).
Saisissant, come je viens de le dire, le concept d’unité du sabre et du Bouddha, je portais de plus en plus d’intérêt à la spiritualité du sabre et du travail du Kokoro.

Grâce au kendo qui m’a été inculqué par ces professeurs, la formation de l’homme m’apparût une fois encore dépendre d’une culture de nature morale.
Par l’étude appliquée, et, en me repérant sur cette petite phrase de mon maître qui m’est cher, j’espère continuer le keiko et approfondir encore l’étude de cette correspondance.

 

Notes du traducteur:
(1) le professeur Nakano portait des lunettes à épaisse monture noire
(2) myoken: sabre juste; zetsu myoken: sabre inouï; doku myoken: sabre unique. Etant donné la nature ésotérique de ces appellations, il est difficile de rallier ces techniques à des séquences gestuelles évidentes.