Se conformer à l'intuition ressentie
Auteur de l’article : YUGAWA Akihiro
Professeur à l’université d’électricité générale. Directeur du département étudiants.
Les résultats des expériences du groupe d’études sur le Qi-Kong chinois dirigé par YAMAMOTO Mikio, chef de département du bureau des sciences expérimentales sur les radiations dans le domaine de la recherche médicale, ont été publiés dans l’édition du soir du 20 février 2000 du « TOKYO SHIN BUN ».
Selon ces résultats, concernant en particulier le rayonnement (du Qi-Kong), le groupe a été forcé d’admettre, en l’état actuel des connaissances des sciences naturelles, ne pouvoir démontrer l’existence d’une transmission de volontés (1) et d’énergie inconnues. (Le sujet de l’expérience consistait pour un maître du Qi-Kong à projeter son Ki vers un individu en vue de provoquer sur lui un effet physique).
Ainsi le problème du Ki est-il un phénomène difficile à apprécier ne serait-ce que par ce qu’on en sait actuellement. A cause de cela, mener des expériences dans un domaine que l’on peut estimer dépendre des sciences naturelles psychiques, dans des milieux où sévit encore l’académisme des débuts de l’ère Meiji (2), ressemble à une gageure. Cette suffisance bien « installée » des choses, empêche toute étude sérieuse d’un phénomène complexe.
Il faut souhaiter que se détermineront dans le monde actuel des sciences naturelles au Japon, des chercheurs assez hardis pour outrepasser ces blocages.
M’étant par ailleurs fait une spécialité de la philosophie comparative, j’aborde actuellement la philosophie de la Chine de époque des Song ; cet univers de pensée pouvant entre autre être considéré comme une thérapeutique chinoise, et comme c’est l’idée d’un univers du « Ki » étrange et désuet qui est répandue par le monde des sciences naturelles à l’heure actuelle, je ne m’étonne pas des résultats obtenus et relatés dans cet article.
De tous temps dans le budô, technique et Ki ont été travaillés de pair, mais en Kendô, ça ne tombe plus sous le sens des pratiquants d’aujourd’hui.
Par des résurgences des techniques et Ki chez divers experts, ou par des instructions orales, des façons de comprendre des transmissions écrites qui nous sont parvenues en trop petites quantités, il faut bien reconnaître qu’il y a peu de moyens de faire des recherches sur ce principe essentiel.
Si toutefois certains viennent y porter foi, au départ ils ont déclaré ce phénomène impossible, et, avec leur peu d’expérience, contesté sans plus réfléchir les enseignements qui nous sont parvenus de la connaissance profonde des anciens. Mais ne serait-il pas bon de se montrer plus modeste face au travail accompli par eux ?
Si nous devions les croire, ce serait donner une image bien fade de l’idéal et des objectifs du Kendô.
En poste à l’université d’électricité générale et alors que j’avais depuis peu repris en charge les étudiants et leur entraînement, alentours il ne manquait pas d’espaces verts où je pouvais réfléchir, et j’y vins principalement étudier le Kata Hôjô du style Jikishin-Kage.
A cause du Bokken de cette école, il s’agit bien d’un Kata (3), et YAMADA Jirokichi son 15e soke en avait énoncé le principe : « Selon l’intuition (4) de l’instant, se conformer simplement à sa justesse ».
Au départ, j’ai eu du mal à saisir ces termes, mais, après vingt ans d’exercice, j’ai été dernièrement convaincu que cette « intuition » doit être saisie dans le sens de l’intuition mentale déniée par KANT, et référence faite au bouddhisme, à « l’éveil de Hanuya » (5), et il me semble que là se tient le rayonnement du Ki.
Et puis pour nous, importante étant cette « intuition » dont la connaissance profonde est la finalité du budô, celle-ci (enfin) définie, cela aurait permis de savoir qu’il possède matériellement ce caractère spirituel.
A ce propos justement, le Budô étant perçu comme simplement un sport d’assaut, la pensée rationaliste occidentale omnipotente dans le monde entier, l’a aidé à acquérir son statut international, par un juste retour des choses.
A ce propos, je m’inquiète depuis un certain temps de la baisse d’intérêt des étudiants pour les éléments spirituels contenus dans les principes du sabre et du kendô, ceci parallèlement à des déprédations causées dans une salle l’an dernier à Tôkyô à l’issue d’un shiai, créant un précédent, conduite liée uniquement à la compétition.
Traduction G.B. mai 2000
Revue « Kendô » de mai 2000 de la ZNKR.
(1) Jôhô Dentatsu : littéralement « transmission d’information » : je n’ai pas voulu traduire par transmission de « pensée » (!!)
(2) où les thèses de l’occident étaient encensées dans tous domaines.
(3) c’est à dire que pesant environ 1500 grammes, il ne peut servir à d’autres exercices.
(4) CHI (intelligence; perception…)
(5) ou : Satori.
