Conseils pour faire deux moissons de sa vie
Auteur de l’article : ÔGOSHI Narikazu
détenteur du Prix du Mérite du Kendô ; vice-shihan de la classe de Kendô de Nakano ; fondateur et président de la société de construction Ôgoshi.
En matière de préparation des récoltes, on sait qu’à deux cycles de culture correspondent deux moissons. Cultiver sur deux cycles, c’est moissonner sur une même terre le même produit agricole, généralement du riz ; mais parler de deux moissons, c’est cultiver deux récoltes annuelles de produits différents sur une même terre.
A PEU PRES VINGT ANS APRES LA RETRAITE …
La durée moyenne de vie de l’homme s’accroît, et il est devenu facile de parvenir à l’âge de la retraite.
Par rapport aux cinquante ans l’espérance de vie d’autrefois, la moyenne de longévité actuelle avoisine 80 ans. De ce fait on dispose d’une marge de temps disponible de vingt ans après la limite fixée pour la retraite. Ces vingt ans sont vingt ans de vieillesse dont il faut profiter.
Comment traverser ces vingt ans dignement, devient le combat de sa vie. Pourtant ceux qui peuvent poursuivre leur activité professionnelle jusqu’à l’âge de la retraite ne sont pas rares. C’est pourquoi il faut continuer à exister après l’âge limite dans cette société qui a changé du tout au tout.
C’est là que le terme « les deux moissons de sa vie » prend sa valeur.
A propos de moisson existe le proverbe : « non-semée, la graine ne saurait lever ». En général, le temps qu’intervienne le moment de la récolte en cours, il faut préalablement faire pousser les plants de la récolte suivante.
Par exemple si après avoir moissonné du blé on veut faire du riz, on en élève toujours les plants sur une aire de semis. Si on sème les graines après avoir coupé la céréale, c’est trop tard.
La « seconde moisson de sa vie » c’est, durant sa pleine activité avoir semé les graines de son activité suivante, préparé les plants, et quand vient la retraite sans laisser son corps mollir, cultiver immédiatement la récolte suivante.
Si l’on prend le Kendô comme exemple, il est notoirement très dur de commencer à l’âge de la retraite. Ainsi, si l’on veut se mettre au Kendô, on commence à s’en instruire un peu durant le temps de son activité professionnelle, et le moment de la retraite sonné, on pourra sans trop peiner s’y consacrer.
SEMER LE GRAIN ENCORE ACTIF
Il y a autant de « récoltes » à faire que de passe-temps. Personne valide, je me porte bien pour mon âge, et ne fais rien en dehors du Kendô. Je n’aspire qu’au Kendô. J’ajoute une petite information. L’année passée, j’ai participé au « Taikai national de Kendô des grands vétérans » où figuraient SAGARA Fusami du département de Fukushima, et HYÔDÔ Akihiro du département de Kanagawa, tous deux âgés de plus de 90 ans, et je les ai trouvés sincèrement si « majestueux » que je ne trouve pas d’autre mot pour les qualifier.
CE QUE JE FAIS EN DEHORS DU KENDÔ
Eh bien, là où j’arrive à me débrouiller en dehors du Kendô, c’est pour l’heure en shodô (calligraphie) que je suis le meilleur. J’ai commencé depuis un an le Kihon de Shodô, et les jours où je n’ai pas entraînement, je le travaille assidûment. Pour qui que ce soit, tenir le pinceau jusqu’à sa disparition ne serait-il pas le meilleur passe-temps ?
A la retraite, ce qui est le plus triste c’est la solitude. Au travail, aussi bien horizontales que verticales, existaient les relations qui favorisaient la bonne entente ; mais en quittant son poste on laisse ces relations derrière soi et l’on est assailli par la solitude. Et l’argent ne peut rien à cette solitude. A ce moment, si l’on a su semer les graines de la relation humaine, elles portent leurs fruits et deviennent des acquis précieux.
COMMENCER AU BON MOMENT
La satisfaction est directement proportionnelle à la difficulté. Peut-être que « deux moissons » demandent plus d’effort qu' »une moisson » ; mais le plaisir éprouvé à cette récolte, bien supérieur à ce qu’elle coûte en difficulté, compense largement. Il n’y a pas de moment précis pour commencer à faire ces semis, mais le plus tôt est le mieux. Toutefois, la retraite venue, il n’est pas trop tard… L’essentiel est de ne pas hésiter à commencer dès qu’on le sent. Je mène deux activités de front, mais, à 84 ans je chemine toujours sur les voies du sabre et de la calligraphie, et j’espère avoir encore quelques années devant moi.
En procédant de la sorte, primo on s’occupe de gérer sa santé, secundo c’est une manière d’espérer en quelque chose. Cela empêche de devenir gâteux, et permet de ne pas gêner famille et amis, ce qui rassure et permet de vivre tranquillement.
C’est ce que j’ai appris de mon expérience jusqu’à ce jour.
