Critères d'évaluation aux examens de grade

Le jugement au cours des examens de grade de Kendo s’effectue sur des éléments essentiellement non mesurables ; il est donc difficile de donner des « recettes » en vue d’une présentation à un passage de grade. Voici, sans caractère exhaustif, un certain nombre d’éléments à prendre en considération.

Éléments à observer

Garde ou Kamae

  • L’attitude est-elle stable ?
  • La position des pieds est-elle correcte et favorise-t-elle la stabilité ?
  • Le placement de la main gauche est-il correct ? Reste-t-elle bien au centre sans mouvements inutiles (oscillations de haut en bas par exemple) ?
  • La garde est-elle puissante et la pointe menace-t-elle réellement ?

Concentration et Kiai

Sent-on l’énergie et la détermination se dégager du pratiquant, et sait-il les manifester à travers un Kiai puissant ?

Frappes ou Datotsu

  • Les frappes sont-elles réalisées avec la bonne partie et la bonne orientation du Shinai ?
  • Sont-elles déclenchées à une distance correcte ?
  • Sont-elles suffisamment fortes et avec une amplitude acceptable en fonction du niveau ?
  • Y a-t-il Ki-Ken-Tai no Itchi ?
  • Les frappes sont-elles finies correctement (Te no uchi) ?
  • L’attitude est-elle stable au moment de la frappe (position des hanches, des mains…) ? Après la frappe ?
  • Y a-t-il Zanshin ?
  • Les frappes sont-elles réalisées avec de bonnes opportunités ?

Dignité ou Kigurai

  • La tenue est-elle correcte (comportement général mais aussi vestimentaire) ?
  • L’allure, l’attitude sont-elles dignes du grade ?

L’examen est généralement divisé en trois parties : l’exécution de tout ou partie du Kendo no Kata (le nombre de Kata à effectuer variant régulièrement, il convient de se renseigner en conséquence), un Kiri-gaeshi (exercice de frappes en diagonale sur le Men avec déplacement), et deux Ji-geiko (combat libre).

Pour le Shodan (1er Dan)

Pour l’essentiel, à ce niveau de grade, le candidat doit être capable de réaliser un Men uchi qui respecte la forme fondamentale (Ki-Ken-Tai no Itchi). Le jury s’attache aussi au respect de l’étiquette, à une bonne attitude générale (verticalité du corps).

Concernant la partie Kata, le jury s’attache à la correction des enchaînements et à la justesse des frappes. Sauf méconnaissance totale et absolue d’un Kata, ou mauvaise volonté évidente exprimée, cet exercice est rarement éliminatoire à ce niveau.

Dans le Kiri-gaeshi, il s’agit de réaliser une prestation particulièrement orthodoxe. Le candidat réalise le Kiri-gaeshi en grande amplitude. Les frappes sont franches et énergiques (sans être brutales), le Kiai est fort. Après le premier Shomen, il faut prendre sa respiration et effectuer les neuf Sayumen sur une seule expiration. Le Kiai ponctue chaque frappe jusqu’au Zanshin après le dernier Shomen. La main gauche s’arme très au-dessus du Men et évolue sur l’axe médian jusqu’à hauteur du sternum. Les mouvements sont souples et amples, les épaules bien relâchées. Tous les déplacements sont naturellement effectués en Okuri-ashi, le pied gauche ne devant à aucun moment dépasser la hauteur du pied droit.

En Ji-geiko, le candidat réalise des frappes correctes en grande amplitude avec Kiai fort et une grande détermination. Ne pas marquer de point, ou être systématiquement contré par son partenaire (Men uchi, Debana kote, Nuki-Do), est sans importance et ne doit pas amener le candidat à détériorer sa posture. Pencher le buste ou la tête (sur le côté, en avant ou en arrière), lever les mains pour se défendre, prendre exagérément la position Tsuba-zeriai sont des causes régulières d’échec. Le Ji-geiko doit être sincère — attention, ce n’est pas du Kakari-geiko, encore moins de l’Uchikomi-geiko (« à toi… à moi… »), mais ce n’est pas non plus du Shiai (la guerre !).

Pour le Nidan (2e Dan)

Idem que le Shodan, plus un Kendo plus riche (utilisation des enchaînements Nidan uchi, Kote-Men, Kote-Do, etc.). Le jury est plus attentif à la qualité des frappes, au contrôle du Shinai (Te no uchi, le travail des poignets), à la vitesse d’exécution, et toujours au respect de la distance.

Le candidat doit connaître les Kata au Tachi. Le jury s’attache à la correction des enchaînements et à la justesse des frappes. Comme pour le Shodan, cet exercice est rarement éliminatoire à ce niveau.

Pour le Sandan (3e Dan)

À ce stade, tous les Kata (Tachi et Kodachi) doivent être connus et maîtrisés. Le Geiko est plus élaboré. Le point doit être construit. À ce niveau, le candidat est capable d’analyser le Kendo de son adversaire. Toutes les actions doivent être engagées avec sincérité et détermination, après une menace franche et précise. Le jury doit ressentir la construction du point.

Techniquement, en plus des attaques fondamentales, il peut y avoir des enchaînements (Nidan uchi, Nuki waza — par exemple Men nuki Do, Kaeshi waza — par exemple Men kaeshi Do), mais en restant toujours dans la notion de construction et d’opportunité. Le Ki-Ken-Tai doit être puissant et l’attitude (physique, vestimentaire, mentale) irréprochable.

Pour le Yondan (4e Dan)

Tous les Kata doivent être connus et maîtrisés, réalisés sans hésitation et avec réalisme (Riai : la raison des différentes actions et phases des Kata) et surtout avec beaucoup de détermination. En clair, vu de l’extérieur par un néophyte, on doit croire qu’il s’agit d’un réel combat.

Le Ji-geiko correspond à un travail plus construit encore que pour le Sandan. À partir d’attitudes et de comportements bien intégrés, le pratiquant montre un Seme qui provient du Ken sen. Le candidat au Yondan exprime une certaine force même à travers des phases d’observation et de menace en garde, mais il doit aussi faire preuve de vitesse d’exécution. C’est la grande difficulté de ce grade, car il exige à la fois maîtrise de soi, maîtrise de la situation par la menace, et faculté de s’adapter aux différentes actions de l’adversaire.

Techniquement, c’est un niveau où toutes les techniques du Kendo sont bien maîtrisées (Shikake waza et Oji waza), avec maîtrise non seulement de la variété des frappes mais aussi de leur précision et de leur puissance. Plus que jamais, quelle que soit la situation, le candidat doit faire preuve d’une grande dignité (Kigurai). Naturellement, à ce niveau, tout manquement à l’étiquette est sévèrement sanctionné.

Pour le Godan (5e Dan)

Il faut réaliser le Datotsu à partir du Ki seme ; le pratiquant exprime, jusqu’au Zanshin, un Datotsu « raisonné » (qui n’est pas dû à la seule chance). Les différentes composantes de la force dont doit faire preuve le pratiquant sont harmonisées (force synthétique).