En bref

Apprendre le kendo, c’est s’engager dans une discipline martiale exigeante et profondément humaine. Dès le premier cours, vous travaillerez la posture, les déplacements et les premières frappes au shinai. Pas besoin d’expérience martiale préalable, ni d’un niveau physique particulier. L’équipement minimal coûte peu au départ, le club prête souvent les shinai aux débutants. La progression est graduelle, encadrée, et ne ressemble à aucun autre sport.

 

 

Qu’est-ce que le kendo ?

Le kendo  剣道, littéralement « la voie du sabre », est une escrime japonaise pratiquée en armure. Il tire ses racines du kenjutsu, l’art du sabre des samouraïs, mais s’en distingue par sa finalité : il ne s’agit plus de vaincre un ennemi, mais de se forger soi-même.

Le katana est remplacé par un shinai, un sabre composé de quatre lattes de bambou reliées par du cuir. Les frappes visent des cibles précises sur un adversaire protégé par le bogu, l’armure traditionnelle. Chaque assaut engage simultanément l’esprit, le sabre et le corps, ce que les Japonais nomment ki-ken-taï no ichi.

Le kendo se pratique à tout âge, sans distinction de sexe. Il n’y a pas de chute, et les risques de blessure sont très faibles grâce à l’armure. La France compte parmi les cinq meilleures nations mondiales, et les clubs locaux, comme celui de Tarbes, accueillent aussi bien les enfants à partir de 11 ans que les adultes venus débuter à quarante ans passés.

 

Ce que vous allez vivre lors de votre premier cours

Le premier cours de kendo débutant ne ressemble pas à ce qu’on imagine. Il n’y a pas de combat dès la première séance, pas de mise en situation brutale.

Voici ce qui se passe généralement :

  • L’entrée dans le dojo : on s’incline en franchissant le seuil. Ce geste simple pose d’emblée le cadre, ici, on est attentif.
  • L’échauffement : articulaire, cardio léger, quelques étirements. Rien d’insurmontable.
  • La posture de base (kamae) : pieds, hanches, mains, regard. L’enseignant corrige chaque détail.
  • Les premiers suburi : des frappes dans le vide, au bokken ou au shinai, pour ancrer le geste juste avant de toucher un partenaire.
  • Les saluts de clôture (rei) : assis en seiza, face au shomen, puis face aux partenaires. Le cours se termine comme il a commencé, dans le respect.

Au club de Tarbes, l’enseignant titulaire du 5e dan prend le temps d’expliquer chaque exercice avant de le faire exécuter. Les débutants ne sont jamais livrés à eux-mêmes face à un pratiquant confirmé sans cadre préalable.


L’équipement du kendoka débutant

L’équipement kendo s’acquiert progressivement. Inutile d’investir dans une armure complète dès la première semaine.

Le shinai (sabre en bambou)

Le shinai est l’outil central du kendo. Il est composé de quatre lattes de bambou (take) maintenues par une prise en cuir (tsuka) et une garde circulaire (tsuba). Sa longueur varie selon l’âge et la catégorie :

  • 34-36 soit jusqu’à 110 cm pour les moins de 12 ans
  • 37 soit jusqu’à 114 cm pour les 12–15 ans
  • 38 soit jusqu’à 117cm pour les 15 à 18 ans et traditionnellement les femmes adultes. 
  • 39 soit 120 cm pour les adultes (hommes et femmes, à partir de 18 ans)

Un shinai d’entrée de gamme coûte environ 40 €. Les clubs prêtent souvent les premiers shinai aux nouveaux venus. Il faut l’entretenir régulièrement : vérifier les lattes, huiler le bambou, contrôler la solidité du cuir.

Le keikogi et le hakama

La tenue de kendo se compose de deux pièces :

  • Le keikogi : veste croisée en coton épais, bleu marine ou blanche selon les clubs. Prévoir 30 à 60 € pour un modèle d’entrée de gamme.
  • Le hakama : pantalon plissé à sept plis, chargé d’une symbolique forte (les sept vertus du bushido selon la tradition). Compter 40 à 80 € pour débuter.

Certains clubs autorisent un simple survêtement lors des premières séances. Renseignez-vous avant d’acheter.

Le bogu (armure) – pour plus tard

Le bogu est l’armure complète du kendoka. Elle comprend quatre éléments :

  • Men : casque protégeant la tête, le visage et la gorge
  • Kote : gants protégeant les poignets et les mains
  • Do : plastron protégeant le torse
  • Tare : tablier protégeant les hanches et le bas-ventre

On n’investit dans le bogu qu’après plusieurs mois de pratique, sur décision de l’enseignant. Un équipement d’entrée de gamme coûte entre 200 et 400 € ; un bogu de qualité intermédiaire monte à 600–900 €. Certains clubs en prêtent pour les premières séances en armure.


Les techniques de base à maîtriser

Les techniques kendo débutant reposent sur trois piliers : les frappes, les déplacements et le cri. Aucun ne s’apprend isolément.

Les frappes fondamentales (men, kote, do, tsuki)

Le kendo reconnaît quatre zones de frappe valides :

  • Men (面) : la tête, frappe portée sur le sommet ou les côtés du casque. C’est la frappe la plus emblématique, celle qu’on travaille en premier.
  • Kote (小手) : le poignet droit (ou gauche en garde inversée). La cible est petite, la précision exigée est grande.
  • Do (胴) : le flanc droit du plastron. La frappe est diagonale, tranchante, accompagnée d’un déplacement latéral.
  • Tsuki (突き) : l’estoc à la gorge. Réservé aux pratiquants confirmés, non travaillé en débutant.

Chaque frappe valide (ippon) doit réunir simultanément : la bonne cible, la bonne partie du shinai (monouchi), un esprit engagé, un pied d’appui (fumikomi) et un kiai audible. C’est l’exigence du ki-ken-taï no ichi.

Les déplacements (ashisabaki)

Le travail des pieds – ashisabaki – conditionne tout le reste. Sans déplacement juste, la frappe n’a pas de sens.

Les bases à assimiler :

  • Ayumi-ashi : marche naturelle, utilisée pour les grandes distances
  • Okuri-ashi : glissement avant ou arrière en conservant l’écart entre les pieds – le déplacement de référence en kendo
  • Hiraki-ashi : pas de côté pour esquiver ou créer un angle
  • Fumikomi : frappe du pied avant au moment de l’attaque, qui produit le son caractéristique du kendo

Les débutants passent souvent plusieurs semaines à travailler l’okuri-ashi seul, sans shinai, avant d’intégrer le geste complet.

Le kiai: le cri du combattant

Le kiai est le cri poussé au moment de la frappe. Il n’est pas décoratif. Il manifeste l’engagement total du pratiquant, corps, esprit, intention.

En kendo, le kiai nomme la cible frappée : on crie « Men ! », « Kote ! » ou « Do ! » au moment du contact. Ce cri doit partir du ventre (hara), pas de la gorge. Un kiai faible ou absent invalide la frappe, même techniquement parfaite.

Pour un kendo débutant, apprendre à crier juste, fort, bref, depuis le centre, est souvent aussi difficile que d’apprendre à frapper juste. C’est une question d’abandon, pas de volume.


L’étiquette et les règles du dojo

Le dojo n’est pas une salle de sport. C’est un espace de pratique codifié, où chaque geste a une signification.

Les règles essentielles à connaître dès le premier cours :

  • S’incliner en entrant et en sortant du dojo (rei). Ce salut s’adresse au lieu autant qu’aux personnes.
  • Saluer l’enseignant (sensei ni rei) et les partenaires avant et après chaque exercice.
  • Ne jamais marcher sur le parquet avec des chaussures, on retire les chaussures avant d’entrer.
  • Écouter en silence quand l’enseignant parle. Les conversations s’arrêtent.
  • Prendre soin de son équipement : un shinai mal entretenu peut blesser. Vérifier l’état du bambou avant chaque séance.
  • Ne pas poser le shinai à terre sans raison – le sabre, même symbolique, mérite d’être traité avec soin.

Ces règles ne sont pas arbitraires. Elles construisent l’état d’esprit qui rend la pratique possible. Un cours de kendo sans étiquette n’est qu’un exercice physique.


La progression : grades et examens

Le kendo utilise un système de grades en deux phases : les kyu (niveaux débutants) et les dan (niveaux confirmés).

Les kyu vont du 6e kyu (débutant absolu) au 1er kyu. Ils s’obtiennent lors d’examens organisés par les clubs et les ligues régionales. En France, les examens jusqu’au 2e kyu relèvent du club ou de la Commission Régionale de Kendo (CRK).

Les dan commencent au 1er dan (shodan) et montent jusqu’au 8e dan, grade suprême rarement attribué. Les examens de dan sont organisés au niveau national par le Comité National de Kendo et Disciplines Rattachées (CNKDR), organe de la FFJDA.

Repères de progression indicatifs :

  • 6e–4e kyu : 3 à 6 mois de pratique régulière
  • 3e–1er kyu : 1 à 3 ans selon la fréquence d’entraînement
  • 1er dan : généralement après 2 à 4 ans de pratique sérieuse
  • 5e dan : niveau d’enseignant reconnu, qui demande souvent plus de quinze ans de pratique assidue

Les examens évaluent les techniques (waza), les kata au bokken, et l’attitude générale (taido). Il n’y a pas de combat libre (ji-geiko) aux premiers kyu – seulement des exercices codifiés (kihon).


FAQ – Vos questions sur le kendo débutant

 

Quel est l’âge minimum pour commencer le kendo ?

La plupart des clubs acceptent les enfants à partir de 8 ans, parfois 7 ans selon la maturité. Il n’y a pas d’âge maximum : le kendo se pratique jusqu’à un âge très avancé, sans chute et avec peu de risques articulaires. Des adultes commencent régulièrement après 50 ans.

 

Quel budget prévoir pour débuter le kendo ?

Les premières semaines ne coûtent presque rien : un survêtement suffit, et le club prête souvent les shinai. Pour s’équiper correctement, comptez :

  • Shinai :  environ 40 €
  • Keikogi : 30–60 €
  • Hakama : 40–80 €
  • Total tenue de base : environ 90–180 €

Le bogu (armure) n’est nécessaire qu’après plusieurs mois. Prévoir 200 à 400 € pour un premier équipement d’entrée de gamme. On peut jeter un œil au marché de l’occasion également.

 

Quel niveau physique faut-il pour commencer ?

Aucun niveau particulier n’est requis. Le kendo travaille l’endurance, la coordination et la concentration – mais progressivement. Les premières séances sont accessibles à des personnes sédentaires. Ce qui compte davantage que la condition physique initiale, c’est la régularité de la pratique.

 

Quelle est la différence entre le kendo et le kenjutsu ?

Le kenjutsu est l’art du sabre des samouraïs, orienté vers l’efficacité martiale réelle. Le kendo en est la forme modernisée et sportive, codifiée au XIXe siècle pour en faire une voie de développement personnel (do). En kendo, on pratique avec un shinai et une armure ; en kenjutsu, on travaille souvent au bokken (sabre de bois) sur des formes codifiées sans contact. Le kendo est affilié à la FFJDA en France ; le kenjutsu relève d’autres structures.

 

Combien de temps faut-il pour progresser en kendo ?

Le kendo est une discipline de patience. Les premiers repères (posture, frappes de base, déplacements) s’acquièrent en quelques mois. Passer le 1er dan demande généralement deux à quatre ans de pratique régulière. Mais la progression ne se mesure pas qu’aux grades : beaucoup de pratiquants témoignent d’une évolution perceptible dès la première année, dans leur concentration, leur calme et leur rapport au corps.soi