En participant au deuxième Paris-Taikai...

Auteur: Kiyokazu WATANABE, ancien de L’université KEIO
Extrait de  » Kendo Nihon  » N° 305/2001
Traduction: Georges BRESSET, mai 2001

Pour la première fois à l’étranger, j’ai participé à l’entraînement et au Tachi-ai des gens du cru. Et qui plus est, à Paris.

Une fois tous les trois ans le Comité National de Kendo organise une manifestation de Kendo doublée de démonstrations dans le domaine des relations internationales du Budo. Tenue pour la deuxième fois cette année au moi de mars, j’ai eu la chance inopinée d’y participer. Mon inséparable épouse faisait partie du groupe de 30 personnes venues du Japon. Au départ, j’ai craint que sa présence ne vint gêner l’ensemble, mais arrivé à Narita (aéroport de Tokyo), je vis que nous inclus, il y avait six couples, et en même temps que soulagé j’ai ressenti le respect marqué aux anciens dont nous fûmes l’objet.

Pour votre serviteur, la situation comportait un petit « plus « : ce mois de mars 2001 était celui de mes 60 ans. A bien y regarder, comme cela fait bien 20 ans que mon épouse m’accompagnait l’étranger, elle n’aurait pas compris qu’arrivé sur mes vieux jours je lui inflige de ne pas venir avec moi; c’est ce qui m’a décidé.
Mari attentionné avec sa femme, c’est ensemble que nous avons visité en touristes la ville et ses musées, dont le Louvre, et partagé le moment des repas. Mon épouse visiblement éprouvée par tous ces va-et-vient, je me montrais prévenant, et nous suscitions chez nos compagnons l’admiration due à un couple si parfait! Elle … me considérait d’un oeil dubitatif …

Et le Paris-Taikai ?
Tôt le premier jour, ce fut le Keiko amical commun, suivi des Tachi-ai par grades, entrecoupés des démonstrations de Naginata, Iaido, jodo. Suivirent les prestations des maîtres venus du Japon, la danse Ayako, l’escrime du style Yagyu Shinkage, etc , et divers assauts, choses qu’on ne voir très rarement même au Japon.
Quels qu’aient été les différents tarifs d’accès, toutes les places de la halle Carpentier étaient occupées, et j’ai profondément ressenti le niveau d’admiration des français pour le Budo.

Ce jour-là, je participai au Tachi-ai par grades. Sur mon Zekken, mon numéro de passage « 5-27 « , c’est à dire N°27 en catégorie 5è Dan, je devais tirer face au « 5-28 « ; ou encore que 28 engagés en 5è Dan signifiait 14 assauts dont le mien se situait en dernier. Nous devions avoir été assortis par ordre d’âge

Ayant largement le temps d’ici mon tour, je suivais les Tachi-ai de ma place dans les gradins, quand je vis un français (?) arborant une insigne moustache, désigner mon Zekken. Je m’interrogeais sur le motif de cet intérêt lorsque cette personne vint me tendre la main en me lançant, qui plus est dans notre langue: « heureux de vous connaître « . Je lorgnai son Zekken: « 5-28 « , c’était mon partenaire désigné pour ce Tachi-ai.
Son nom était inscrit en Katakana:  » Bresset « . Il continua (1):  » Le mois prochain je pars pour Fukuoka pour le Kendo, et en mai je serai à Tokyo. Je m’y rends uniquement pour la pratique quotidienne du Kendo » … toujours en japonais.
J’étais autant surpris qu’admiratif pour sa qualité à parler ma langue (2) et pensai qu’il me faudrait me méfier qu’il en soit de même de son escrime, et me tenir sur mes gardes.
Sur le coup j’aurais aimé répondre en français, mais là je suis tout à fait dépassé. Je me limite à:  » bonjour, bonsoir, monsieur, mademoiselle « . Je me promis pour la prochaine fois de communiquer en français.

Quant à notre Tachi-ai de 5è Dan, M.Bresset avait de la tenue et montrait une détermination offensive; de mon côté, sans m’attacher au résultat, j’avais à coeur de livrer un assaut dont je n’eus pas à rougir; mais je pense que je ne me suis pas assez déplacé et aucune attaque n’a abouti.

Les Tachi-ai des 3è, 4è, 5è Dan achevés, intervint la remise des récompenses; contre toute attente je reçus un diplôme de  » Kendoka modèle « . Ce jour était celui de mon anniversaire, l’ensemble des arbitres a vraisemblablement voulu me faire un petit cadeau dont je leur suis reconnaissant.

Le jour suivant, le 11 mars, se déroula la compétition par équipes de trois. J’y participai, doté du jeune et robuste ICHINOSE, ex-élève du Kantogakuren, et de la gracieuse Atsuko WATANABE (tous deux issus de l’université Chikanami). Mais au deuxième tour je m’inclinai sur deux points. Prendrai-je comme prétexte que mon adversaire était le capitaine de l’équipe de France ? (3). Si j’en ai l’occasion, je compte bien prendre ma revanche.
Malgré tout, ICHINOSE et WATANABE sous le coup de la fatigue du long voyage, encore accentuée par la soirée amicale prolongée de la veille, je ne dirais pas qu’ils étaient en forme … Bien que nous nous soyons battus comme de beaux diables, c’est sans conteste que nous avons été battus.

Notes du traducteur:

(1) dans les faits, cette courte conversation eut lieu après notre Tachi-ai, moment qu’il choisit pour m’offrir un élégant Tenugui
(2) formule obligatoire de politesse à mon endroit, à laquelle ne saurait surseoir un japonais bien élevé.
(3): Jean-Pierre LABRU