Études des principes du sabre - Un avis sur la "règle du Kokoro"
Auteur: Minoru SASAHARA, Conseiller auprès de la fédération de Kendô de Kumamoto, Kendô Hanshi, docteur en mèdecine – Lauréat du Mérite du Kendô.
(traduction Georges Bresset)
Entre 17 et 19 ans, le corps humain atteint ses capacités maximum de vigueur et de mouvement. Ce point culminant se prolonge jusqu’à environ 29 ans. Franchis les 30 ans, la souplesse commence à décliner, et les années passant, la fonction de mouvement diminue rapidement.
Ainsi, même dans le domaine du Sumô ou du base-ball et dans tous les autres sports, passé 30 ans, même les grands champions, sans exception, ne font plus de performances ; leur étoile s’éteint et ils se retirent.
En Kendô, a contrario, à 30 ans on en est aux premiers pas ; à 60 – 70 ans, l’âge venu on atteint la maturité du maître et l’on peut devenir expert.
Les principes du sabre sont profonds et l’étude de sa « règle du coeur » et ses règles techniques se conforme à leurs impératifs et nécessitent la prolongation d’une étude sérieuse et persévérante courant sur une longue période. Avec la vidéo on peut de visu admirer nos brillants modèles que sont les grands professeurs d’autrefois Hakudô NAKAYAMA et son Iaidô, Morihiro UESHIBA et son Aikidô, tous deux déjà agés, grâce aux archives de démonstration d’assauts modèles. Ils sont pleins de vigueur, ce qui reste un mystère profond, et présentent étroitement confondues sérénité d’esprit et maîtrise technique.
Mon professeur vénéré, feu Yoshiaki TAMARI énonçait : « Ca ne s’est encore jamais produit qu’au début on ne se conforme pas à la forme, laquelle finit par s’imposer après longtemps d’entraînement ! «
Et disait encore le gradé Kiyoshi HORIGUCHI : « Pour apprendre le Kendô, on commence par pratiquer la forme ; puis au fur et à mesure s’y intègre l’esprit, pour (finalement) aboutir à l’indivisible « esprit qu’allie la technique » (Shingi ichinyo).
L’un et l’autre de ces deux professeurs enseignent que le Kendô passe d’abord par l’accumulation d’un gros volume d’exercices dans une forme technique correcte, et que petit à petit la « règle du Kokoro » (travail du coeur-esprit) vient de surcroît, jusqu’à parvenir à l’état final de Mushin (1).
Là, le sabre devenant le Kokoro, on parvient à se comporter, en toutes circonstances et en tous sujets, en y mettant « tout son coeur », ce qui reporté au Kendô mène à un enseignement parfaitement aiguillé, toujours bienveillant et généreux.
« Saisissez au plus tôt l’état d’esprit « sans penser à frapper ou à être frappé ! C’est une grande satisfaction d’y parvenir. En Kendô, c’est un aboutissement ».
C’est ce qu’en trois phrases enseignait concrètement le professeur Tamari. On ne peut vraiment mieux dire.
Libéré de l’attachement de l’esprit, parvenu au véritable détachement, on observe le comportement de Aite, le coeur quiet, et l’on est capable de maîtriser la victoire par des mesures adaptées à tous les cas de figure, en saisissant un moment d’inattention (de sa part).
Et comme le dit également le professeur Horiguchi : « En s’adaptant aux multiples comportements de Aite, la victoire (que l’on obtient) est la conséquence de ses actions ».
Par réaction instantanée née de Mushin, spontanément le geste adapté jaillit de l’enchaînement des évolutions variées de Aite.
Dans l’excercice général du Kendô actuel, les jeunes garçons sont particullièrement polarisés à échanger des Uchi d’un même mouvement réflexe, et, par l’attachement à « la pensée de frapper et ne pas être frappé » – complètement obnubilés – ils se laissent aller à s’entre-frapper, attachés uniquement à la rapidité, délivrent des Uchi inadaptés, à l’aveuglette, au petit-bonheur, Uchi « Pachinko » et autres de la même veine, répétant en ce cas des gestes sévèrement criticables, détruisent leur attitude ô-combien importante, deviennent malhabiles et débouchent sur une pratique dénuée de sens, ce qui est éminemment regrettable.
L’instant de frapper et l’instant de recevoir sont totalement simultanés. C’est l’instinct de défense des animaux, faveur que leur accorde la nature. N’être attaché qu’à frapper vite n’a pas de sens. Ainsi, dans le « Gorin no sho » (2) même comprend-on bien le coup frappé lentement dans « le rythme secondaire des reins » et « l’Uchi de l’eau qui court » (2bis).
En outre, corps et esprit ne font qu’un et ne sauraient être séparés. Si l’esprit-coeur se crispe, le corps se crispe (aussi) et reste bloqué.
Il est important de s’exercer au Kendô constamment, dans l’état du Mondô : « Esprit-coeur disponible, corps disposible ».
« L’éducation (3) physique commence et finit par l’attitude » : en négligeant l’attitude, le mouvement (juste) n’est pas possible. L’attitude est la base de l’éducation physique.
Il est dit d’autre part : « le Kendô commence et finit par la courtoisie (4)« , c’est la vraie modeste sincérité du coeur-esprit.
Mais encore : « Coeur sincère, attitude juste » : c’est la première règle de la mise en pratique du principe du sabre que je respecte.
Notes du traducteur:
(1) Sans idée préconçue ; innocence ; esprit serein.
(2) et (2bis): Voir « Traité des cinq roues » de M.Musashi, pages 84 et 85. Editions Albin Michel.
(3) Ou : formation.
(4) ou politesse, ou salut.
