Les radotages d'un vieux
Auteur de l’article : INOUE Masayuki.
(éditorial de la revue de Zen Ken Ren de février 1997)
Shihan honoraire de la section Kendô de l’université Tamagawa. Conseiller de la fédération nationale scolaire de Kendô. Lauréat du Mérite Kendô.
Moi aussi je suis finalement devenu à 90 ans un vieux cheval de retour. A cause de mon grand âge, j’ai eu l’an dernier l’honneur inopiné d’être lauréat du mérite du Kendô. J’en ai été confondu. Prétendant ne pas être le plus méritant, j’ai fermement refusé ; mais sur l’insistance de la Zen Ken Ren, il m’a fallu accepter…
A la suite de cela, j’ai de partout reçu des félicitations bienveillantes auxquelles j’ai répondu en adressant ma sincère reconnaissance. Je profite de l’occasion qui m’est ici donnée pour renouveler auprès de tous, mes chaleureuses salutations.
Lorsque je considère ma vie de Kendô passée, pas mal de choses sont advenues et les époques successives ont apporté leur lot de changements. Pourtant, en Kendô, les choses n’ont absolument pas changé » suivant les principes anciens que sont, « justice du coeur » et « pudeur morale », que je vous incite, en outre, à mettre en pratique dans la vie et à graver dans votre coeur dès maintenant d’une façon indélébile la quintessence de ces combien célèbres préceptes éternels et impérissables, en faisant l’effort de les assimiler en en éprouvant mille fois la teneur.
Je répète sans cesse que « le Kendô c’est la réplique physique de Seiza » ; mais, dans ces mots banals réside la trame de la finalité du Kendô. S’asseoir correctement c’est « placer » correctement le coeur, c’est corriger la posture fondamentale de l’homme.
En Chine existait le précepte : « Dans l’attitude correcte est la voie ». Mais la pensée correcte ne naissant qu’au travers de l’attitude correcte, ce n’est qu’au-delà de l’attitude correcte que s’en développe l’insigne capacité.
L’importance du « coeur dans l’acte » était un principe enseigné.
Le matin au lever, adresser un bonjour clair à ses parents. A l’école, rectifier l’attitude et surveiller son langage ; appelé par le professeur, répondre distinctement en détachant les syllabes. Ou encore, dans le train, céder la place aux gens âgés … Ce sont les règles de ceux qui recherchent avec effort (1) et non prétendument celles de la pratique des vertus du Kendô.
En appliquant à l’éducation la discipline contenue dans le Kendô dans sa famille, et en la mettant en pratique à l’école, elle participe en outre au développement des rapports sociaux comme accomplissement de la mission du Kendô. Je crois que le Kendô doit équilibrer le comportement journalier, et si on se méprend sur l’esprit de sa ligne directrice en oubliant ce point fondamental, on comprend la raison du trouble et de la chute de l’éducation par le Kendô aujourd’hui.
Au sein de l’école actuelle règne un malaise qui devient important du point de vue pédagogique, mais, même si on corrige le problème à sa base, l’essentiel en est déformé, attestant de l’écroulement de l’attitude et du relâchement de l’esprit.
En outre, d’après ce qu’annonçaient récemment les journaux, à partir de cette année dans les livres du cours moyen, il sera question des femmes des BMC (2). Cela n’est-il pas une folie de l’esprit ?
L’Education Nationale ne doit pas faire de telles bourdes anti-éducatives et le bon sens populaire ne voit aucun motif à un fait aussi stupide.
Ainsi, le Japon actuel perd le Nord, semble céder à l’engourdissement, et ne voit pas que quelque chose lui échappe.
(1) Shûgyô : pratique ; ascétisme ; mortification.
(2) Bordel Militaire de Campagne.
