L’œil en coin sur le lexique - 1

Documentation: Katsunori TAKANE- Association nationale des fabricants de matériel de budô.
http://windows.gr.jp/kendougu/shokkou.htm
Katsunori TAKANE fait partie de la poignée d’artisans d’art subsistant au Japon. Avec deux autres professionnels, il était délégué à la maintenance du matériel de l’équipe du Japon aux derniers championnats du monde. Il est pratiquant de Kendo 6è dan.
Traduction de Georges Bresset, 02/2002.

Qu’en est-il du « shokkô? … Et du « kikkô » ?

C’est un sujet de controverse entre les fabricants de matériel de budô.

Les kendoka connaissent-ils le sens réel de « shokkô »?
Dans de nombreux catalogues, on trouve les deux mots:

a | b
a= lumière   b=clarté    shokkô


a | b
a=lever du jour   b=clarté   shokô


… mais la graphie correcte est:

SHOKU est nom de lieu, KÔ désigne un cours d’eau.


Dans le roman chinois « Sankoku shi », Shokkô est la préfecture de la célèbre province de Shoku dans le cours supérieur du Yang Tsé Kiang.
La pureté des eaux des rivières de la province de Shoku est renommée, et avec la soie produite dans son bassin, sont tissés des textiles aux motifs spendides, dont le « brocart de Shokkô » est particulièrement prisé.
Ces motifs sont constitués de figures carrées ou octogonales associées, au centre desquelles sont insérés des dessins de fleurs ou des armoiries.
Presque tous les empereurs de chine s’entichèrent de ce tissu aux motifs sublimes, grâce à quoi la province de Shoku prit de l’expansion.

Très connu au Japon également pour être un des trésors du Shosô.in (1), mille ans passés, il conserve encore aujourd’hui ses motifs aux couleurs chatoyantes.
Comme ceux-ci apparaissent dans le matériel de Kendo par agencement des fils, on utilise le terme « shokubeni » (2) .

Approfondir sincèrement et sérieusement la voie en kendô en arborant le « shokubeni » est une dignité, et nous artisans, sommes du fond du cœur fiers de le fabriquer.
Sa renommée historique d’origine (3) fit qu’on ne pouvait à loisir s’en octroyer le port, et il est franchement dommage que la graphie (shokkô) attribuée à ces motifs d’une si haute facture disparaisse au profit de caractères erronés (4).

KIKKÔ (ou KIKÔ) (5)

« Kikkô » désigne les motifs de la carapace de tortue; de forme hexagonale ils se marient par leurs six côtés, alors qu’en système « shokkô », la combinaison 4 côtés/8 côtés est fondamentalement différente.
Le dessin de la carapace de tortue est classique, mais quand on le reproduit dans le matériel budô, si on le dispose verticalement on a une impression de flottement qui n’est guère appréciée. Il prend toute sa valeur graphique lorsque ses motifs sont alignés par le centre et horizontalement.

Notes du traducteur:

(1): Réserve isothermique dans l’enceinte du Tôdaiji, renfermant des trésors artistiques japonais anciens. Propriété impériale.
(2): littéralement: « rouge shoku » (un rouge éclatant).
(3): ce brocart était porté par les empereurs.
(4): cette observation est destinée bien sûr au lecteur japonais!
(5): deux prononciations sont avérées