Relancé comme sport depuis 50 ans, comment s'oriente actuellement le kendo ?
Auteur: SUZUKI Toshinari. Extrait de la revue » Kendo Nihon – Avril 2002″
(Traduction G. Bresset. 21 avril 2002)
Cette année, un demi-siècle exactement après la fin de la seconde guerre mondiale que la pratique du kendo a été officiellement rétablie, débute le Taikai de la Commémoration du Cinquantenaire de la constitution de la ZenKenRen, et de nombreuses cérémonies anniversaire sont programmées.
Ainsi semble s’annoncer une année vouée à cette célébration.
Comme vous le savez, à la fin des hostilités, le kendo interdit dans des organismes tels que scolaires en tant que discipline non-démocratique, était jusque là géré par la Dainippon Butokukai (1), qui reçut des autorités d’occupation américaines l’ordre de démantèlement.
Le kendo renaissait après une période consacrée au shinai kyogi (2), fut créée la Zen Nihon Kendo Renmei en octobre de la 27è année de l’ère Shôwa (1952) .
Comme d’habitude la stagnation de la population kendo fait l’objet des discussions, mais si on se réfère à la période durant laquelle sa pratique était interdite, son développement sur un demi-siècle a été fulgurant. Enfants, dames, vétérans, à l’étranger : qui aurait pu imaginer cinquante ans auparavant qu’il se diffuserait à ce point ?
Au regard de cela, on est envahi par l’émotion et nous devons en savoir gré à nos prédécesseurs (y compris ceux qui sont encore parmi nous) qui, encore une fois, ont mené cette progression.
Voilà donc un demi-siècle que le kendo a redémarré avec le statut de sport. Le kendo remis en pratique comme éducation physique à l’école et dans la société, est considéré par l’éducation nationale « entrer manifestement dans la catégorie sportive« , et être « démocratiquement géré par la ZNKR constituée en fédération sportive« .
Les enseignants de l’époque relevèrent bien chacune de ces formules qui pointaient « le kendo comme sport moderne « .
Sensiblement cinquante ans après son renouveau, entré dans une zone d’impasse, le kendo devenu par trop sportif, tout entier livré au « kendo de touche » (3), face à cette lourde tendance se dessina un mouvement de « correction de route « .
En un mot, ce fut un mouvement de retour aux sources, de la pratique sportive vers le kendo.
Par la suite, hasuji (4) et zanshin furent mis en évidence comme participant de la nature spirituelle du budo. L’ancien kakugi (5) tel que dénommé dans le domaine scolaire, réintégra le budo. Ce courant s’est perpétué jusqu’à nos jours dans son aspect fondateur.
Les kendoka qui soutiennent que « le kendo n’est pas un sport, mais un art intégré du budo » sont maintenant nombreux. Rien n’a-t-il donc changé dans le kendo depuis qu’il existe ?
Ce n’est pas mon avis.
Le pic de la période où le kendo fit florès se situe entre les années 40 à 50. Il est certain que ce fut dû à l’attrait de son aspect sportif dont il était jusque là porteur. A partir de là, la population enfantine se mit à décroître. Le kendo stagnant en quantité et en qualité, entré dans l’ère Heisei (1988), les règles de shiai redevenues proches de leur forme première, la limite de qualification pour accéder au championnat national supprimée, s’opéra un mouvement de retour au point de départ de l’immédiat après-guerre, voué au sport.
Il est certain que les kendoka qui sont encore par nous (6) s’en réclament techniquement et moralement car pour eux représentatif du budo d’une part, et d’autre part approuvent l’impartialité du shiai, ainsi que la manière démocratique dont le kendo est géré. C’est pour ces raisons qu’ils restent les affidés d’un kendo sportif.
Il existe également des personnes qui réprouvent la dénomination « sport » donnée au kendo, mais je pense que c’est justement après avoir éprouvé ses aspects positifs en tant que sport que s’est déclaré le renouveau actuel.
Si la culture traditionnelle a été négligée dans le kendo, ce n’est pas uniquement parce qu’il a été adopté comme sport. Même si des personnes pensent que la tradition japonaise et sa culture sont essentielles, celles qui portent le costume japonais dans la vie courante sont fort peu nombreuses. Les personnes qui évoluent dans les entreprises d’aujourd’hui se satisfont du costume occidental. La démarche est selon moi identique, et il n’y a pas de honte à concevoir le kendo sous son aspect sportif.
Je pense que le kendo parvenu à ce stade de régénération doit bien entendu être maintenant répandu en tant que budo. Cela correspond d’ailleurs à une aspiration générale actuelle. Le mercantilisme, le principe exacerbé de victoire, envahissent les sports les plus variés, et le kendo n’y fait pas exception.
Le budo tient lieu de ligne de partage entre ces deux visions, et agit comme une référence pour gagner la faveur de l’étranger.
Cependant, à cause d’une ambiguïté portant sur la nature antérieure du budo qui s’est installée au sein d’un monde monolithique bien japonais, je pense qu’il subsiste de nombreux facteurs pouvant faire obstacle à son développement futur.
En fonction de cela, et tout en admettant le facteur sportif, il faut édifier la notion d’un « univers commun du boudoo (7) « . Je crois que ce qui est précisément actuellement en cause, est de savoir bien définir la réciprocité des termes anglais et japonais du monde du kendo, ce qui je crois, n’est pas irréalisable.
Notes du traducteur:
(1) Grande association japonaise des vertus guerrières
(2) Littéralement compétition au shinai, en tenue d’escrime occidentale.
(3) « Atekkokendo » ; référence à la » touche » (premier sang) de l’escrime occidentale. Aussi : coup de sabre qui ne coupe pas.
(4) tranchant (du sabre).
(5) Traduit par » lutte à deux « , mais les kanji sont kaku : rang, règle, cas, et : technique, prouesse…
(6) c’est à dire : … vivants…
(7) Ici » budo » est inscrit dans le texte en katagana. Je pense que l’auteur y a recouru pour accentuer la nature maintenant moderne de ce concept.
