Voie unique ...
Auteur: Sadanori OHORI: Soke de la 13è génération, branche ainée, du rite du thé Enshu.
Editorial de la revue de la ZNKR, « Kenso », N°243 du 11/11/2001
Traduction de Georges Bresset, achevée le 12/11/2001.
Ma rencontre avec le Kendo date de ma 5è année d’école primaire. A l’époque j’étais en classe élémentaire du Shugaku-in juste après la création de son école Kendo.
Depuis la maternelle, j’étais plutôt parmi les enfants turbulents, et il est très possible que ce trait de caractère m’ait au long des jours désservi.
Quand s’ouvrit la section Kendo, autant que je me souvienne à présent, ça devait être la plus vaste aire où je m’étais jusqu’alors employé.
Au même moment se monta une section de football, et devoir choisir entre les uns ou les autres de mes camarades fut pour moi un dilemme.
Que j’aie sans hésiter choisi le Kendo, tient je pense à l’influence de mon ascendance:
Ma famille représente la tranche aînée de l’école de thé (Sado) de Enshu.
Son fondateur fut Enshu OHORI.
Enshu, né à la fin de la période des troubles causés par les guerres intestines, a servi la politique culturelle de trois générations de Daimyo de la famille TOKUGAWA: Ieyasu, Hicetada, Iemitsu.
En qualité de « magistrat des bâtiments », celui-ci avait supervisé la construction d’édifices comme les châteaux de Nagoya, Osaka, Nijo, l’ermitage du palais impérial, et se rendit également célèbre par l’agencement de nombreux parcs.
Il devint le maître de thé de la famille TOKUGAWA, et se lia d’amitié avec YAGI.U, Tajima no kami (seigneur de Tajima), lui-même maître en cet art. Il créa le style « Kirei sabi », et au moment où il eut mené sa pensée du « cha no yu » (1) à son apogée, je pense que pour lui, la dignité et le comportement qu’il attachait à la condition d’une famille de guerrier, prit toute son importance.
Pour moi, héritier d’une telle famille, alors qu’enfant je percevais qu’il y avait une voie commune entre le rite du thé et la voie du sabre (Kendo), c’est ainsi que je le conçois encore.
A l’époque où il était à la tête de notre famille, mon père alors étudiant, était expérimenté en judo, et quand je le consultai dans le désir de commencerle Kendo, il m’exposa ceci:
« que tu aies l’intention de faire du Kendo est parfait. Je n’ai qu’une seule chose à te dire, continue coûte que coûte. Si tu n’es pas prêt à l’étudier toute ta vie, n’insiste pas. Ne t’arrête pas à mi-chemin, et il te faut avoir l’ambition d’aller au fond des choses ».
Ensuite, du cours moyen, puis du lycée, j’accédai à l’enseignement universitaire; mais durant tout ce temps, le pivot de mes activités fut le Kendo.
Dasaburo KAWAHARA, Hanshi, et Kazutoshi AKITA, Kantoku (2) sont mes respectés professeurs. Bien entendu, ils m’ont inculqué et fait évoluer mon savoir-faire ainsi que ma façon d’être, avec rigueur. Il va sans dire que cette attitude m’a été fort utile pour à mon tour instruire de nombreux élèves.
Menant une vie un peu trop axée sur le Kendo durant l’université, je devins même quelque peu négligent vis à vis du rite du thé; j’avais eu vent de l’inquiétude de nombreux experts; mais pour moi ce n’était pas un égarement irréversible.
C’est que j’étais convaincu que si l’on peut se consacrer à l’étude d’une voie, on doit pouvoir à coup sûr pénétrer les connaissances d’une autre. Mes études achevées, quand je dus m’occuper des activités de ma famille, je revins à vision plus exacte des choses.
Le rite du thé (Sado), diffère du Kendo; il est évident que le silence s’y impose. Toutefois, la concentration nécessaire à l’accomplissement d’un « service », le rythme des respirations qui met en harmonie les acteurs, la notion d’espace (3), sont des éléments communs aux bases du Kendo . En outre, la première démarche qui se présente en s’initiant au Kendo consiste à « commencer par le salut, finir par le salut » qui implique que le respect de l’autre et la reconnaissance qui lui sont dus, sont identiques.
Si je considère la vie japonaise aujourd’hui, ça ne me convient vraiment pas de penser qu’une part de ce Kokoro de l’individu dont je parlais, est largement délaissé.
Que les individus puissent entrer en communication à travers le monde par internet est très appréciable, mais l’homme ne vit jamais isolé, et ne faut pas oublier qu’il aura toujours quelqu’un pour Aite (4). Quant à trouver son propre bonheur, il y a des personnes pour lesquelles le simple fait d’en mener la recherche constitue le bonheur lui-même.
Là, reconnaissance et compassion deviennent nécessaires. On dit du rite du thé que c’est le « Kokoro de l’hospitalité » (5).
Voie du sabre, voie du thé: il est précieux pour les japonais d’aujourd’hui d’avoir le regard fermement rivé sur ce qui constitue leur morale intérieure (6).
Notes du traducteur:
(1) littéralement: « eau chaude du thé », c.à.d, cérémonie ou rite du thé.
(2) entraîneur, guide
(3) Ma.ai dans le texte
(4) rappel de la notion de aite: partenaire, partie adverse, ensemble et réciproquement, l’AUTRE.
(5) c à d, … du savoir-accueillir
(6) ou: esprit intime
