Le MEN de Tanetoshi TERACHI
Traduction: Georges Bresset – mai 1997
Note du Webmestre: Beaucoup de mot japonais du langage « Kendoïstique » standard ne sont pas repris dans les « notes du traducteur » mises à la fin du texte. Le lecteur peut utilement se reporter au « lexique japonais-français du Kendo » du présent site WEB.
TOUTES LES TECHNIQUES COMMENCENT PAR LA FRAPPE MEN
Ses qualités se sont élaborées sur un fort volume d’entraînement durant sa jeunesse.
Le champion Tanetoshi TERACHI est né dans le département de Kagoshima. Il a commencé le Kendô au moment de sa troisième année de primaire au club de jeunes Ogawa. A l’époque, c’était un club local renommé. Avant d’y recevoir sa formation, ce club avait fait parler de lui en obtenant divers résultats dont le Taikai de Mito (tenu au Tôbukan).
Non seulement fort, mais incomparable à l’entraînement.
« Je me souviens que avant d’aller en classe il s’entraînait d’une heure à une heure et demi, et celle-ci terminée, encore deux à trois heures.
Jusqu’à l’école secondaire il s’est exercé 365 jours par an. Le dimanche encore Geiko ou Shiai. A poursuivre sans relâche son entraînement, le niveau de sa puissance allait progressant. Pour lui , il n’y avait pas de Premier de l’an« .
Durant son temps d’école primaire et secondaire, TERACHI accomplit des performances au sein du club Ôgawa.
Il poursuivit ses études à l’Ecole Supérieure de Commerce et d’Industrie, établissement de premier ordre dans le département de Kagoshima. Là aussi son entraînement fut hors-normes.
« Après les habituels exercices du Kihon se place le Ji-geiko; mais, pour les « premières années », c’était le Kakari-geiko avec leurs aînés, pas le Ji-geiko. Et celà durant un an. aussi était-il ravi quand il pouvait de temps en temps venir avec ses Senpai à la police de la prefecture de Kagoshima. … Parce que les séances s’achevaient autrement que par Kakari-geiko, (rires) pour lui c’était une détente (!) ».
Assujetti à un entraînement dur, il en était toujours étonné. Pourtant cet entraînement sévère servit bien TERACHI, et il le pratiqua régulièrement durant deux ans.
« La force psychologique vient d’elle-même. De ce fait, les gens qui ne conservent pas leur sang-froid ne peuvent prétendre devenir champion. Ceux qui s’habituent à la pratique énergique le deviennent« .
A ceci vint s’ajouter qu’il bénéficia d’une disposition intrinsèque au milieu Kendô. Durant ses congés d’été de lycéen, les athlètes performants des universités rentraient au pays et l’intégraient à leurs entraînements. Il avait alors beaucoup d’aînés entrés dans des universités de niveau national ; ce procédé concourut largement à son renforcement.
Ces Keiko ne contribuèrent pas uniquement à améliorer sa puissance (1). TERACHI Senshu (2) à avoir ainsi suivi les Keiko de ses Senpai vit sa sensibilité s’éveiller sur ce que pouvait être le niveau national. Si le Kihon est indiscutablement présent comme tronc commun primordial du Kendô, il existe une certaine différence de niveau de maîtrise entre le lycée et l’université. En situation de recevoir l’enseignement de la technique du Kendô d’université, TERACHI l’intégra sans coup férir, et il fut visible que cela améliora son niveau généralement pratiqué par les lycéens.
A l’époque déjà le champion Terachi pratiquait un « Kendô lycéen de super classe ».
Légende d’une photo non reproduite ici: Le Men de TERACHI senshu. Tout en couvrant le dessus du Shinai de Aite, il pénètre à son Uchima et sans attendre, frappe Men. Il peut transformer en Kote ou Tsuki à partir du même Uchima qu’il ajuste toujours avec soin. Après avoir frappé Men, son poing gauche donne l’impression de vouloir heurter et traverser le Men de Aite.
Il commence à travailler soigneusement son « Men » en pensant à « couvrir » par dessus pour frapper.
Au lycée, puis au début de ses universités en droit politique, il n’était fixé sur aucune technique préférentielle. Mais dès qu’il prit ses fonctions au Keishichô, il commenca à s’intéresser à « Men« .
« J’ai eu de la réussite par Men pour remporter mon premier championnat de Police (1987). Est-ce vraiment là que j’ai trouvé Men intéressant (3) ? J’ai senti qu’il me « collait » bien. Ce fut la période où il recueillit toute mon attention. Je crois que c’est ce Men qui a décidé de tout lors de ce Taikai« .
De fait, en demi-finale et en finale, c’est par « Men » nihon (4) qu’il fut victorieux.
Il devait bien y avoir une raison pour que ce « Men » se soit ainsi déclenché. Jusqu’alors TERACHI senshu pénétrait simplement jusqu’à son Uchima pour frapper, et si Aite réagissait, c’est par la seule « sensation » (5) qu’il ne frappait pas ; mais dès l’année où il entra au Keishichô (1986), il rechercha comment en Men « couper le centre » (6), ce qui lui permit d’enlever le championnat.
« Même si on dit « couper le centre », il ne s’agit pas d’immobiliser (6bis) le Shinai de Aite. C’est avoir la totale notion de « chevaucher » le Shinai de Aite avec le sien. De cette situation de « chevauchement », j’arme et je frappe tout droit. C’est ainsi que je ressens avoir pu façonner mon Men actuel ».
Comme il est parvenu par ce procédé à pouvoir « frapper en coupant le centre », ça lui a donné la possibilité de frapper Degashira Men.
« Comme je « couvre » de mon shinai celui de aite, de là je peux déclencher devant ».
Cela ne concerne pas la même période, mais a été d’une grande influence sur le fait que sa garde s’en est trouvée améliorée: l’année où Terachi entra en poste au Keishichô, l’écart entre ses pieds s’élargit, lui donnant plus d’assise.
Dans l’univers de l’âpreté des combats qu’est le monde de la police, rester le meilleur n’est pas chose aisée. Pour faire face à cet état de fait il était inévitable que quelque chose se transformât. Avec cette garde, Terachi remporta les championnats de la police.
Légende de photos non reproduite ici:
en bas à droite. En haut : garde actuelle ; en bas : garde antérieure. Les poings « reculés » se sont « avancés ». L’amplitude des pieds s’est resserrée. A partir de cette garde actuelle il peut « allonger » son Men plus aisément. Le point favorable de cette large assise au sol était que comme la distance du Men était éloignée pour aite, il lui était possible de se cambrer pour éviter (le coup). La photo de dessous nous montre la garde qu’il avait à l’époque ou, comme d’autres, il bondissait de relativement loin.
Photo en haut à gauche. Quand il pénètre à son uchima, il ne comprime pas le Shinai de Aite, il prend le centre en le « chevauchant ».
« Comme dans le Kendô policier les mouvements sont très rapides, quand j’étais Senpô ou Jihô dans les rencontres par équipes, rester sans bouger était très mauvais. Ainsi, comme je ne voulais pas être touché, en définitive, c’est certainement pour cela que j’ avais un écartement (des pieds) plus large. Il a fallu que je réussisse à toucher une fois à partir de cette position pour avoir été convaincu que ça fonctionnait et j’ai continué. C’aurait été bien que dès le départ cette « amplitude » soit plus réduite, mais jusque là je ne m’en étais pas soucié ».
Toutefois, au début de l’année suivante, il reçut une remarque de Tatsuoshihan MORISHIMA, Hanshi 9edan.
« Il me dit, considérant l’écartement de mes pieds et le niveau de suspension de mon talon gauche, que c’était mauvais… Et qu’avec les années le « ressort » s’en allant, il était bon d’y remédier avant qu’il ne soit trop tard ! Là-dessus, lors des Uchi-komi et autres exercices du même genre, je me suis mis à faire très attention et combien cette position était défectueuse ».
Il semble qu’il en ait déjà pris conscience quand il était étudiant 4e année, et qu’il l’ait (un peu) corrigée à l’époque. Aussi n’eut-il pas trop de mal à rectifier (définitivement) cette posture.
« Quand j’ai réduit cet intervalle (entre mes pieds), même ma sensation d’avoir aite à ma portée a changé. Mon Hara s’était rapproché, c’était formidable, et mon Ki-zeme était fort. Je pense même que mon corps était plus disponible vers l’avant. Il a fallu compter aussi que, la distance devenue plus rapprochée, je pouvais être touché, mais cela ne m’effrayait pas et prolongeait ma notion/sensation de gagner par le Ki-zeme. Les choses ainsi établies il était normal que ma technique pour gagner devienne essentiellement Degashira-men. »
Selon les termes de MORISHIMA, TERACHI senshu aussi a vu par rapport à avant, sa détente décroître. Pourtant, à contrario, il est parvenu pour ce qui le concerne à constituer une bonne « image » de Men.
« TERACHI, c’est son Men ! »… Telle aura probablement été la forte impression qu’il laissa à ses adversaires à l’issue de sa première victoire aux championnat de police. Pourtant il possédait à l’origine d’autres techniques décisives en dehors de son « Men« .
« Comme mes adversaires se méfiaient de Tsuki et Men, ils avaient tendance à lever les mains… sur lesquelles j’appliquais Kote. L’année qui a suivi les championnats que j’ai remportés j’ai pratiqué énormément Kote. A cette époque certains dirent même que mon spécial était à présent Kote« .
L’année où il termina troisième (1988) il conclut beaucoup de combats par Kote. Puis, l’année suivante, quand il se para d’une seconde victoire, de combat en combat, il usa tour à tour de ses deux techniques.
Quand il veut « remettre en ligne » son Men, il se base sur le Kihon.
Même notre champion TERACHI connait des situations de passage à vide. Sans comprendre pourquoi, viennent des pédiodes où il n’arrive pas à frapper, où il n’a pas de réussite ; de plus, ça lui arrive plusieurs fois dans l’année. Quand c’est le cas, le remède radical c’est pour lui de « plancher » son « men ».
« Pour moi le Kihon est primordial, et si je me heurte à une difficulté je m’efforce de m’y référer.
Par exemple, pour ne pas frapper « des doigts » (7), frapper « des hanches ».
Ou alors, qu’en est-il de mon « amplitude » ?
Est-ce que je frappe bien de mon exact Uchima ?
Quelle est ma position après la frappe Men ? Et quelle est son intensité ?
Comme j’ai en tête les formes (images) des moments où tout est correct, je fais un pointage comparatif pour déterminer ce qui cloche. Puis quand je frappe pour un Ippon, j’engage toutes mes sensations et je répète point après point. Je frappe jusqu’à ce que je retrouve mes sensations. Pour y parvenir, Motodachi est essentiel ; qu’il me serve simplement de mannequin ne sert à rien ; il doit me « presser », et de mon côté sans céder non plus, je l’assaille pour frapper ».
Légende de photos non reproduite ici:
1 – Il frappe men dans l’intention d’atteindre le sommet du crâne (photo supérieure). On peut constater que c’est d’un point assez engagé, mais, en vérité quand il a pu s’avancer pour frapper cette cible, il aboutit à un Men-uchi standard comme sur la photo du bas.
2 – Il ne s’agit pas de simplement toucher le men ; il faut frapper avec l’intention de couper jusqu’à la zone du cou de aite.
Autre chose dont se préoccupe TERACHI senshu est la longueur de sa tsuka. Il arrive même qu’au cas où les choses ne se passent pas comme il le souhaiterait au cours d’un Taikai, il en ajuste la longueur de 5 ou 10 millimètres à chaque combat. En tout cas, quand il a procédé à ce pointage, son Men aboutit à coup sûr. Ce dont prend soin TERACHI quand il se trouve en garde, c’est de s’imposer par le Ki et il semble qu’il en soit ainsi pour tous les « tireurs » du Keishichô.
« Quand je suis en garde je fais en sorte de m’imposer par le ki au hara de aite. S’agit-il de la sensation de faire peser ma propre volonté sur aite ? Si je procède ainsi,c’est que je pense que aite va bouger. Si c’est bien ce que j’ai pensé : je frappe ».
Vu du côté de ses adversaires, ceux-ci ressentent nettement que c’est men qu’il recherche. Pour ce qui le concerne TERACHI aspire toujours (à atteindre) Men. En conséquence, même quand il frappe Kote ou Tsuki, ces actions s’emboîtent sur un assaut vers Men.
Actuellement TERACHI senshu allie la pratique à la recherche, et il fait en sorte de pouvoir frapper Kote ou Tsuki du même Uchima.
« Naturellement, avant de délivrer men, j’ai profondément pénétré dans la distance à partir de Issoku-ittô, je n’omets pas d’observer une distance semblable pour Kote ou Tsuki, ce qui fait que, si je pénètre à mon Uchima je peux transformer sur n’importe quelle de ces techniques ».
Il était pourtant pensable que TERACHI senshu avait déjà réglé ce genre de problème…
Le jour où j’ai réalisé cet interview et constaté de visu ces carences, vu de l’extérieur, la différence d’Uchima n’était guère perceptible. Cela dit, si il pouvait pénétrer jusqu’à son Uchima, il pouvait frapper n’importe quelle (de ses) techniques.
« Toutefois, lorsque j’arrivais quand même à avoir quelque réussite, je m’attachais à ce que ce soit par men ! » (Rires).
Dès lors, pour les Kendoka qui s’ingénient à peaufiner un « spécial », ne serait-ce pas pour eux un appui si ils réfléchissent sur ces détails évoqués ? TERACHI senshu par le fait d’avoir corrigé sa garde est parvenu à perfectionner davantage encore sa technique de Men, et ne va-t-il pas orienter vers (ce concept) les lycéens dont le Ki-zeme est faible par rapport à celui des « tireurs » du Keishichô ?
TERACHI senshu, en étudiant l’Uchima auquel il peut entrer, a assimilé (la notion) de pénétrer en fendant (le centre) qui lui a permis d’accéder au top-niveau du Kendô.
notes du traducteur
(1) …et ses qualités
(2) candidat ; champion ; athlète
(3)…ou bien : « … que j’ai été attiré par « men » ?.
(4) 2 points
(5) ou : feeling
(6) souligné dans le texte japonais
(6bis) osaeru
(7) C’est-à-dire : « que des mains »
