Les leçons des "quatre interdits" et la quête de "Fudoshin"

Traduction: Georges Bresset – octobre 2001
Editorial de la revue de la Z.N.K.R., « Kenso » N°241 de septembre 2001-

Auteur: Mr Fujio CHÔ, Directeur administratif de la société autmomobile TOYOTA, conseiller auprès de la Zen Nihon Kendo Renmei.

Note du Webmestre: Beaucoup de mot japonais du langage « Kendoïstique » standard ne sont pas repris dans les « notes du traducteur » mises à la fin du texte. Le lecteur peut utilement se reporter au « lexique japonais-français du Kendo » du présent site WEB.

A l’époque où j’ai commencé le Kendo, (Showa 27 soit 1952) le Kendo scolaire était encore sous l’interdit du Q.G. de Mac Arthur.
J’ai donc reçu mon enseignement au Dojo du commissariat de KITAZAWA. Le Japon était en période de reconstruction qui suivit la guerre, et la vie quotidienne des gens n’avait rien de gai; mais ceux qui s’accrochaient au Kendo qui avait filtré d’avant et pendant la guerre, s’étaient rapprochés de l’organisation de police, et croisaient le sabre avec ses agents au cours de Keiko vigoureux durant lesquels dégoulinait la sueur.
En même temps que nous allions nous exercer avec le culot de la jeunesse, moi bizuth de première année de lycée et mes camarades, dans ce qui ressemblait à un « dojo de quartier », se greffaient à ces séances les discussions animées de nos Senpai qui suivaient l’entraînement, lesquelles ont commencé à me sensibiliser sur l’étendue et la profondeur de la voie du sabre.
Etait-ce que le Kendo cadrait bien avec mes aptitudes physiques et mon caractère … toujours est-il que que je fis de rapides progrès et que ma passion m’amena à me rendre chaque jour au Dojo après la classe. Dans le même temps, je faisais des efforts en tous domaines et les résultats se faisant immanquablement sentir, naquit chez moi la confiance, dont je pense qu’elle constituait les prémices de ma future expérience d’adulte.
Par la suite dès ma première année d’université, je devins compétiteur, et durant quatre ans, laissant un peu mes études de côté, je continuai à fréquenter les dojo, m’y faisant de nombreux compagnons.

Outre cela, resté en lice du Shiai, et par les liens que j’y tissais, j’eu la chance d’être employé par 3Toyota automobile », et je peux dire sans exagérer, que le Kendo a beaucoup participé à déterminer la direction de ma vie et de mon existence.
Je ne compte plus tout ce que m’a enseigné le Kendo, mais je sais ce qui m’a fait la plus forte impression subsiste en permanence dans mon cœur.
Il s’agit d’une parole que je tiens d’un professeur de la police : » la garde Seigan est une garde par essence inattaquable ».
Ce qui signifie que si on a été touché par Aite, c’est que l’on a soit-même rompu sa garde. Si l’on cherche à savoir pourquoi on l’a rompue, c’est que son Kokoro a été destabilisé, soit par crainte, soit par surprise. Autrement dit « surprise, crainte, doute, hésitation » (Kyo nu gi waku )(1) sont les « quatre interdits » (2) de la voie du sabre. Il disait qu’en vertu de ce principe, il fallait que nous les jeunes fassions en sorte que grâce à Shugyo, notre Kokoro ne soit pas destabilisé.

Les personnes qui prenant de l’âge ont pu continuer le Kendo en accumulant les années de pratique, ont acquis de ne jamais dévier leur Kensen. Elles éprouvent forcément des difficultés à frapper, mais rivalisent malgré tout avec la rapidité et la force d’adversaires plus jeunes. On ne les trouve dans aucun autre sport, et il n’est pas nécessaire que j’explique ici au lecteur l’importance que recouvre pour eux le Kokoro.
Engagé dans le travail, j’ai espacé mes moments de présence au dojo, mais même sans m’y rendre souvent, je suis parvenu à conserver mon Kokoro dans mes activités de la vie quotidienne, ce qui m’a permis je pense de ne pas oublier les « quatre interdits ».

Dans notre société, le concept des « quatre interdits » possède encore un peu auprès de certains le sens élargi de « ambition » (3), voici comment je le comprends.
Si j’empêche volontairement un individu (ou plusieurs) de prendre librement une décision, je peux en contrepartie ambitionner dans l’immédiat ou a terme de le supplanter, de l’emporter sur lui. J’ambitionne ainsi d’être reconnu comme une personne supérieure, j’ambitionne de m’élever plus, j’ambitionne de posséder plus encore.
Comme on retrouve ce rapport supérieur/subordonné entre les hommes dans le domaine journalier du travail, on comprend qu’il favorise largement des prises de décision erronées des subordonnés, soit par crainte soit par doute, et leur cause bien des déboires.

Bien sûr, homme de chair et de sang, il m’est impossible de me délivrer totalement du sentiment « d’ambition ».
Toutefois, le même phénomène étant latent dans le Kendo, je progresse un minimum par moi-même grâce à un Shugyo ininterrompu, et je pense que je suis moins destabilisé si je me rapproche de l’état intime de « Fudoshin » (4).
Tout en attribuant cela au Kendo que j’ai intensément pratiqué, je m’y exerce dans mes activité professionnelles journalières.

Quand je suis devenu directeur, un groupe de personnes m’ont offert des Bokuto. J’en ai laissé un chez moi, un au bureau, et un à mon logement de fonction à Tokyo où je fais régulièrement des Suburi, non pour m’endurcir physiquement, mais pour (maintenant encore) jauger par moi-même de l’en cours de mon Shugyo, et je souhaite continuer toujours ainsi.

Notes du traducteur

(1): Odoroki, Osore, Utaga-i, Mado-I (ou mayo-i)
(2): ou « quatre points faibles »; mais le texte japonais mentionne bien « yon kai »: 4 commandements, admonestations, réprimandes
(3): Yoku: désir, convoitise.
(4): « esprit ferme/résolu », « non destabilisable », « sans émotion »: selon le contexte, les traductions de ce précepte sont nombreuses. (également: « sans ambition »!).