Mon kendo
Auteur: OKADA Takeshi, professeur honoraire de l’académie de défense.
Docteur en ingerierie.
Editorial du numéro de 05/2002 de la revue Kenso, bulletin officiel de la ZNKR. N°249.
Traduction de Georges Bresset et Takako SUZUKI , amicalement corrigée et annotée par Jean-Jacques Lavigne.
Note du Webmestre:
Beaucoup de mot japonais du langage « Kendoïstique » standard ne sont pas repris dans les « notes du traducteur » mises à la fin du texte. Le lecteur peut utilement se reporter au « lexique japonais-français du Kendo » du présent site WEB.
Mes débuts en kendo remontent à plus de soixante-cinq ans, lorsque j’étais à l’école primaire ; mais ma formation véritable date du temps des cours obligatoires au lycée (ancien système, équivalent du collège) Musashi.
Toutefois, comme il n’y avait pas de shihan connu de kendo au lycée à l’époque, c’est en vérité en suivant l’exemple des senpai au cours des keiko, que j’ai acquis seul mes connaissances.
Dès cette époque je me suis posé une question : si on m’a appris à frapper correctement, personne ne m’a enseigné de parades. Rien ne figurait à ce sujet dans les manuels d’enseignement de kendo dont je disposais. Je m’instruisais donc en observant la manière de défendre des plus gradés, mais je n’avais pas la réponse à ma question.
Alors qu’à présent âgé, et après avoir consulté de nombreux ouvrages sur le kendo, j’ai obtenu une réponse à ma question à la lecture d’un passage de l’ouvrage de Sasaburô TADANO , « Bases du kendo » :
« Le Kendo est consacré à l’attaque et non à parer et à se défendre. Qu’on esquive, qu’on manque son coup, qu’on intercepte, qu’on vienne au contact, ce doit toujours être pour couper et pour piquer. En un mot, dans le kendo il n’existe pas de gestes uniquement destinés à se protéger. »
Ce paragraphe est corroboré par l’ouvrage « De la tactique dans le duel au sabre », de l’école Yagyù Shinkage, où l’on peut lire :
En duel, il existe trois situations :
– soit frapper l’adversaire dans son attaque,
– soit gagner en prenant l’initiative sur un adversaire qui n’attaque pas,
– ou, sur un adversaire averti, l’emporter quand il frappe l’uchi que vous avez dévoilé.
Il n’existe rien d’autre que cela. (Archives. Ecole Yagyù Shinkage de IMAMURA Yoshio).
C’est précisément lors de l’action de frappe de aite que se situe l’occasion favorable de datotsu.
Dans l’ouvrage édité par la ZNKR, Méthode d’enseignement pour les tout jeunes enfants (édité en 1986), il existe une rubrique UKEKATA (parade), mais elle porte sur l’utilisation de :
1) les bases fondamentales de oji wasa (premier niveau), et
2) pour exercer les débutants à des datotsu efficaces.
Si pour passer au niveau supérieur il faut de nombreuses années d’entraînement à partir des kihon, à plus forte raison, il me semble blessant de traiter aite comme un débutant.
C’est pourquoi je me suis depuis lors toujours tenu à un kendo dans lequel il faut à tout prix frapper sans chercher à se protéger.
Pour parvenir à mettre cela en pratique, dans ses notes pour la transmission orale, ITÔ ittôsai souligne l’importance qu’il y a à ne pas oublier l’unité de la technique et de la raison : « D’abord étudier les techniques et en maîtriser toutes les subtilités, ensuite, face à l’adversaire, et selon la tournure des choses, savoir l’appliquer selon le cœur (la raison). » (ITO ITTOSAI. KOTODA SHUNTEI Notes pour la transmission orale de l’école Itto).
Techniques désigne ici les bases fondamentales (kihon) du datotsu. Seulement, ce qui est désigné sous ce vocable, présente plus ou moins de différences selon les annales d’enseignement, et quand il est question de garde correcte, datotsu correct, il n’est jamais expliqué pourquoi elle ou ils sont corrects, ce qui conduit à des difficultés d’interprétation.
Comme je suis ingénieur, je pense que les bases fondamentales sont les mouvements les plus adaptés d’un point de vue mécanique et bio-mécanique.
Vient ensuite la raison (ri) que beaucoup interprètent comme une donnée spirituelle, mais je pense qu’il faut la concevoir de la façon dont l’expose Shùsaku CHIBA :
Quand aite attaque comme ceci, je ne fais pas comme cela ; si ne fais pas comme cela, il ne fait pas comme ceci ; mais s’il fait comme ceci, je dois me demander pourquoi.
C’est en étudiant ces raisons qu’il faut faire le keiko.
Ainsi je me range à ce qu’écrit Shotaro CHIBA dans son ouvrage « Sens secrets des principes du sabre » : Vous devez parvenir à l’état de maître accompli par l’étude approfondie de la pratique et de la raison en vous exerçant sans relâche jour et nuit, et ainsi réaliser en cinq ans ce qui en exige dix.
Dans le Ken jutsu de jadis, on étudiait cette raison en multipliant la pratique du kumitachi (1). Dans le kendo contemporain il est remplacé par debana-waza, oji-waza, ainsi que par un large éventail de techniques adaptées aux fluctuations du combat.
Ceci figure également dans le paragraphe titré par Miyamoto MUSASHI » Ni no Koshi no hyôshi » (2) dans » Gorin no sho« .
A l’entraînement, comme le dit Takaatsu YAMAJIKA dans l’ouvrage de Junzo SASAMORI, « Principes fondamentaux de l’école Itto » :
« Il convient d’être toujours très sévère vis-à-vis de soi-même : quand bien même frappe-t-on l’adversaire, il faut faire comme si on l’avait effleuré, alors que si on l’est à peine, il faut admettre avoir perdu. »
Principe souvent exposé dans les dojo de jadis :
« Respecter la voie suivie avec foi par autrui est la courtoisie du bushi. »(Ukichi SATO : Kendo).
Je m’abstiens de porter un jugement péremptoire sur le kendo des autres, et je fais en sorte d’entretenir un sentiment de gratitude vis-à-vis d’aite dans le keiko.
C’est le kendo que j’ai appris tout seul.
Notes:
(1) Kumitachi : ce que nous nommons souvent en France : « Kata d’école ».
(2) Littéralement : le deuxième rythme du corps : il s’agit là de profiter des moments de démobilisation de l’adversaire, soit après une attaque, soit après une menace. (Note : JJL)
