Mon sentiment profond de la vie
Auteur : Tadashi KINOSHITA, président du « Kinoshita Circus S.A. »
Éditorial de la revue « Kenso »de la ZNKR, Avril 2003 – N°260
Traduction: Georges BRESSET. Intervenante de traduction: Minori ENDO DANIEL
Note du Webmestre:
Beaucoup de mot japonais du langage « Kendoïstique » standard ne sont pas repris dans les « notes du traducteur » mises à la fin du texte. Le lecteur peut utilement se reporter au « lexique japonais-français du Kendo » du présent site WEB.
J’ai abordé le Kendo au moment de mon entrée en université Meiji en 1969, où, débutant, j’intégrai simultanément la section Kendo de cet établissement.
C’était l’époque des cerisiers en fleurs. Nous étions une vingtaine. Je me rendais chaque jour au Dojo en sous-sol de l’université située dans le quartier O cha moyu, suivre l’enseignement de Takeo MORISHIMA, Shinjiro MINESHIGE, et de tous mes aînés.
S’enchaînaient Kirigaeshi, Kakarigeiko, le dur kubu-keiko, et l’incontournable répétition du kihon.
A une époque où j’avais fini par détester me rendre au Dojo à cause de la grande rigueur de l’entraînement, mon senpai Joji IWAI m’avait révélé ces mots: « c’est aujourd’hui que je meurs »: si on pense n’avoir qu’un jour à vivre, deux heures même très pénibles ne sont rien et seront très vite passées.
Le lendemain, je me persuadai que ça ne serait pas trop dur, le cœur plus léger, je me promettais d’affronter ces deux heures de « vie-mort » avec force.. Alors mon escrime devint plus rigoureuse et je me montrai plus hardi.
Par ailleurs, pénétré de la force ZEN de ces ni.o (1) qui gardent habituellement l’entrée des temples, et influencé par la terriblement sévère ascèse suivie par le professeur Tesshu YAMAOKA, j’étais tout étonné des Men imprégnés de Mushin (2) que je délivrais.
J’ai senti que l’homme pouvait se transcender grâce à l’approfondissement de paroles marquantes et d’une force déterminante, prononcées au bon moment.
» Quoi qu’il advienne, n’arrêtez jamais », c’est ce que je m’étais juré en intégrant la section kendo; mais au cours de l’hiver de ma seconde année, affecté d’une périostite du talon droit, je me mis à boiter et fut contraint à mitori keiko (3), assis dans un coin du dojo.
Tenté de quitter la section, n’ayant plus envie de me trouver ainsi parmi tous, j’envisageai plutôt de me faire admettre dans une université du Kansai.
Là, rompant tous mes ponts antérieurs, levé à cinq heures, je me mis à bûcher en vue de cette intégration. Je ne retournai pas au pays pour la fin d’année suivie du jour de l’an, et me consacrai quotidiennement à ces activités, et le 7 janvier, je participai au Kangu Ko (4).
Levé tôt avec l’étoile du matin, après bien des jours passés au dojo jusqu’au delà de 5 heures du matin, j’atteignis le jour final du Kagami-biraki (5) du 15 janvier. C’est alors que lors du shiai interne clôturant cette période d’entraînement, je constatai à ma grande surprise que j’avais amélioré ma mobilité. Et ceci non seulement dans le domaine de mon trauma, mais je parvins à me reconstituer psychologiquement.
Quand finalement, j’achevai mes études à Meiji, il ne me restait que quatre équipiers, mais travaillant néanmoins d’arrache pied, nous parvînmes troisième au championnat national universitaire.
Mes études touchant à leur fin, j’étais promis à un poste dans une banque, mais, mon père hospitalisé, j’entrai dans la société « Kinoshita circus » paternelle.
Avant que je termine mon cursus, je fis des stages à l’étranger, puis accaparé par mes nouvelles fonctions, je délaissai le kendo.
Alors que pour le travail je voyageais dans tout le pays, en 1990 mon frère aîné brusquement disparu, j’éprouvai la tristesse de l’impermanence de la vie. Mais tout juste 3 ans après lui avoir succédé, je me trouvai confronté à une restructuration de l’entreprise.
Absolument pas découragé, persistait au tréfonds de moi une forte détermination. Cela aussi , je pense que je le dois d’avoir su jadis supporter de difficiles entraînements.
Voici les secrets de l’ascèse du maître de Zen HAKU.IN, fondateur de la secte Rinzai:
Le premier: Grande confiance et foi forte. Croire profondément en soi.
Le deuxième: Grand doute. Dubitatif, toujours se remettre en question.
Le dernier: Grand courroux. Quoi qu’il advienne, vouloir absolument franchir les obstacles.
C’est en suivant ces préceptes que tout à mon entreprise, celle-ci atteignit le 100è anniversaire de sa création.
Et puis, j’ai acquis un peu partout l’amitié de directeurs ou présidents d’organes de presse dont j’ai beaucoup appris.
Un jour le président des « nouvelles du Kahobu » m’a cité le dicton « Kosho fumei » (6): une seule main bat en vain dans le vide, deux mains qui battent génèrent entr’elles du bruit.
Ainsi donc, grâce au concours et à la confiance de mes partenaires (aite), j’ai appris à réussir dans mes entreprises. En participant à établir une ambiance consensuelle, en ne perdant jamais de ma cordialité et la simplicité du cœur, et avec pour principe de jeter ardemment mes forces dans l’existence, je souhaite diriger mes efforts dans l’esprit moral du Kendo.
Notes du traducteur:
(1) statues de gardiens protecteurs, à l’aspect farouche, établies de chaque côté de l’entrée d’un temple bouddhique
(2) vacuité mentale
(3) entraînement effectué sans pratiquer soi-même, en regardant attentivement les autres pratiquer.
(4) Keiko en période hivernale
(5) fête traditionnelle de début d’année
(6) une seule paume ne crée pas le bruit
