Un certain journal kendo

Note du Webmestre:
Beaucoup de mot japonais du langage « Kendoïstique » standard ne sont pas repris dans les « notes du traducteur » mises à la fin du texte. Le lecteur peut utilement se reporter au « lexique japonais-français du Kendo » du présent site WEB.


Éditorial de la revue de la Z.N.K.R., « Kenso » N°224 de décembre 2001-

Auteur: Noriyuki UEDA, vice-président administrateur de la S.A. « Kyushu Denryoku » (1)

La première fois que j’ai pris le shinai remonte à l’an 28 de Shôwa (1953), au cours de ma deuxième année de lycée, ce qui m’amène aujourd’hui à plus de quarante ans de pratique du kendô. C’était dans l’année scolaire qui a suivi la levée d’interdiction des sections de budô après la guerre, mais mon adhésion corps et âme à sa pratique date de mon entrée en entreprise.

Loin d’être un très bon pratiquant, je venais assidûment au keiko (2), et à un moment donné, le kendô devint une partie de mon rythme de vie. J’étais tellement accaparé par le travail que je ne savais plus où j’avais la tête, et j’accumulais des entraînements durant lesquels je ne faisais que transpirer sans réfléchir.

Tenir un journal kendô sur plus de cent entraînements annuels est un devoir auquel je me suis tenu depuis maintenant vingt ans, mais dernièrement j’y ai encore ajouté des suburi au bokutô et des déplacements en garde dans les huit directions, avant de me rendre au bureau. Les jours où j’ai noté devoir mener une négociation importante, levé aux aurores, posté en garde seigan, je prends le temps de réfléchir alors que je sens mon énergie se concentrer.

Il arrive qu’on m’envie pour arriver à pratiquer souvent malgré ma charge de travail, ou qu’on me demande ce que j’aime dans le kendô… Là, je cherche à savoir si c’est cette capacité à concentrer l’énergie, ou bien si ce sont les fruits bénéfiques de l’étiquette selon laquelle, en kendô, tout commence et finit par le salut… Mais il est tout simplement possible que ma réelle motivation soit, après le keiko, la détente que procure d’enfin pouvoir se désaltérer !

Ce qui a eu pour moi un très conséquent effet positif, facteur important qui m’a permis de pénétrer plus au fond du kendô est mon « journal-kendô ». Il y a vingt quatre ans, à un moment où je m’inquiétais de pouvoir réussir un examen de grade, le shihan de notre université me remit un carnet en me disant : « Tiens un journal kendô, ça te fera progresser à coup sûr… ». C’est là que j’ai commencé. J’ai entamé la première page le 2 janvier 1978 à l’occasion du keiko des anciens étudiants de notre université. Depuis lors, sans omettre un jour d’entraînement j’ai compilé les noms de mes aite et de mes shidôsha, puis dernièrement mes performances en golf, mes résultats professionnels, mes réflexions sur mon foyer, et finalement tout ce que je peux logiquement y consigner.

Je n’y ai pas noté que les constats glorieux (encore aurait-il fallu qu’il y en ait ) et quand j’essaie de remonter aux temps d’origine de ce journal, le souvenir de mes keiko est tout à fait flou, et ce que j’ai noté m’apparaît déphasé.

J’ai déjà rempli dix carnets, et c’est bien parce que j’avais envie de progresser que j’ai entrepris ce journal, et que je l’ai continué. Avec le temps, il m’a permis de me tourner vers moi-même, et j’ai en outre acquis le sentiment qu’il a grandement contribué à constituer mon « capital kokoro« .

Mais voici que nous avons reçu des instructions de notre président (3), à mettre en place dès cette année. Chaque année est organisé dans notre région le taikai de notre fédération locale, mais, reflet de la conjoncture économique actuelle, la participation des entreprises décroît progressivement (cette année 51 équipes). Freiner cette tendance et tenter d’élever le niveau de nos sections sont les grandes thèmes qui nous ont été proposés. Notre mot d’ordre est : « travailler à la victoire d’une équipe du kyûshû ».

Au cours du taikai national, « Kyûden » (4) l’an passé, « Nishi Nihon Ginkô » (5) cette année, ont obtenu la troisième place, mais les obstacles sont hauts pour parvenir en tête. (Notre dernière victoire remonte à l’an 40 de Shôwa, 1965, avec « Yahata Seitetsu » (6).
Cet été, à l’occasion de la venue à Fukuoka de l’équipe de « Tôkyô Kaijô » (7), avec les nôtres de la « Nishigin », « Kyûden » et « Mitsubishi fusô », nous nous sommes retrouvés à environ 80 kendoka réunis pour la première fois pour un véritable entraînement commun. Déjà des voix se font entendre pour que l’expérience soit renouvelée l’an prochain.

La baisse des affaires de ces derniers temps a tendance à quelque peu miner le moral des industriels. Au regard de cela, l’attitude sensée (riai) du cadre d’industrie que je suis, veut que je manifeste du courage (kiai). Dans une période comme celle-ci, encore plus assimilable à une compétition de kendô, je crois que l’homme de kendô doit sans réserve faire preuve de la force morale qu’il a de tous temps su entretenir.

FAIRE FACE EN ASSAILLANT PAR LE KI, ET NE PAS RECULER.

(Traduction: Georges Bresset – 8 décembre 2001)

Notes du traducteur:

(1) « Kyûshû Électricité ».
(2) Nom générique de TOUTE forme d’entraînement
(3) … de la Fédération (locale) de kendô du Kyûshû des sociétés de commerce et d’industrie.
(4) « Kyûshû Électricité »
(5) « Banque Ouest Japon »
(6) « Aciéries Yahata »
(7) Tokyô Marine