Une certaine idée du Bushido

Note du Webmestre:
Beaucoup de mot japonais du langage « Kendoïstique » standard ne sont pas repris dans les « notes du traducteur » mises à la fin du texte. Ils sont généralement en gras et en italique.
Le lecteur peut utilement se reporter au « lexique  du Kendo »  pour en découvrir la signification.


Revue « Kenso » de la Z.N.K.R., septembre 2002 (éditorial)
Auteur : Tadayoshi KUSANO, secrétaire général de l’union syndicale ouvrière

Traduction Georges BRESSET, octobre 2002

J’ai délaissé le Shinai depuis un long moment. Pour me donner bonne conscience je me suis soumis de temps à autre à des Suburi au Bokutô comme pour m’assurer que j’avais bien fait du Kendô et du Iaidô. Mais en assistant à des Shiai de Kendô, ou à des démonstrations de Iaido à la télévision, ou en lisant des textes à leur propos, quelque chose au fond de mon kokoro, non de mon Hara, a refait surface, suscitant en moi une curieuse exaltation, résurgence possible des gènes héréditaires, toujours actifs malgré les années.

Comme mes choix universitaires s’étaient portés vers les relations et la gestion en entreprise, dès mon entrée au travail, j’ai opté de travailler aux relations du personnel (1). A l’époque, peu de jeunes arrivants optaient pour cette fonction (2).
Ainsi comme je le souhaitais, ai-je été affecté à la section syndicale. Mais par la suite je me suis mis à participer au travail du syndicat ouvrier, ce qui d’ailleurs – comme je l’ai dit – ne me déplaisait pas sur le fond, et comme j’avais un pilier du syndicat pour Senpai de bureau, je m’y suis peu à peu consacré.

Finalement, sept ans après avoir intégré ma société, je devins membre permanent du syndicat ouvrier, m’engageant dans une nouvelle vie.

Cela fait trente ans maintenant, et représente un long contact à l’épreuve des réalités. Au cours de cette période, secrétaire général du syndicat de l’automobile, puis vice-président, enfin président; passé par la présidence de l’IMF.JC (3) qui regroupe les différents syndicats ouvriers de la métallurgie, j’ai finalement pris les fonctions de secrétaire-général de la « fédération » qu’il faut bien appeler « le temple principal » (4) du mouvement ouvrier.

Durant cette longue traversée de trente ans, mes tâches de membre permanent du syndicat ouvrier, bien qu’assez difficiles à chaque étape de mes fonctions, présentaient toujours le même fond commun: celui d’édifier des conditions de travail et une société qui permettent à l’ouvrier et à sa famille de vivre satisfaits. Pour cela, il est indispensable d’instaurer -compte tenu des positions du syndicat- un droit à débattre et à participer à lélaboration des projets concernant la vie de la nation, l’économie, la société, et la politique.
Ce que j’ai entrevu au vécu de ces affectations successives, ce sont d’abord des perspectives, et ce qu’à l’avenir doit devenir la société, et que pour y parvenir, la première qualité à posséder est une forte conviction.
J’en ai conclu que c’est l’affaire d’un dirigeant solide. Il m’est peut-être difficile d’admettre l’importance exagérée accordée actuellement au rendement et à la productivité, mais ma devise préférée reste « la neige qui s’accumule peut remplir les puits ».

D’après ce que j’ai dernièrement entendu dire, le Bushido et surtout Miyamoto MUSASHI semblent être l’objet d’une recrudescence d’intérêt. Je ne puis en juger, mais peut-être cela est-il du à un sentiment de crise d’un monde dans lequel personne ne peut avoir confiance en des politiciens qui manient sans vergogne l’iniquité, ou croire en des mesures de patrons qui s’obstinent en des « restructurations » consistant uniquement à réduire le personnel et à imposer leurs réformes.

Ne serait-ce pas précisément à cause de cet univers négatif, d’où sincérité, maîtrise de soi, correction et hauteur d’âme, poursuite de l’effort, ou encore abnégation, requis par l’esprit du Bushido, sont exclus, que s’est imposé cet engouement pour Miyamoto MUSASHI qui en est le modèle personnifié ?
En qualité de représentant du syndicat ouvrier, j’ai le sentiment qu’il faut laisser opérer le « cœur » (Kokoro), et parvenir à l’unir à l’esprit du Bushidô.
Le hasard a voulu que mon défunt professeur de Iaidô soit le dépositaire (Soke) de l’école Niten (5). Là aussi, peut-être qu’en mes gènes subsiste-t-il un peu de ce qu’il m’a transmis …

Notes du traducteur:

(1): Il s’agit plus exactement de la relation entre ses aspirations personnelles et son poste de travail
(2): cette fonction, mal rémunérée, était peu demandée
(3): International Metalworker Federation Japan
(4): Sohonzan : temple principal (d’une secte)
(5): littéralement: « des deux ciels »; selon la version de K.Tokitsu « ten » prend ici le sens de sabre: école des deux sabres